LES REFUGIES EN COLOMBIE ....1

Publié le 12 Décembre 2007

 Afin de mieux comprendre la compléxité de la situation des otages en Colombie, j'ai décidé de remettre en ligne 
ces articles sur les réfugiés en Colombie..

Pour apporter votre soutien aux otages :

http://www.betancourt.info/indexFr.htm



1)      Histoire de la Colombie et enracinement de la violence dans son histoire

 

En 1510, les Espagnols créent leur 1ère colonie en Colombie. Ils ont une quête de l'or et croient avoir trouvé l'Eldorado dans ce pays. Ils découvrent les pratiques des indiens et leurs dieux, avec tout le matériel rituel en or.

Ils sont choqués par les sacrifices humains des aztèques et considèrent les indiens non christianisés comme des animaux. Très vite ils vont être en conflits avec les indigènes. Aussi ils vont tenter de les soumettre en en faisant des esclaves, en leur confisquant leurs terres.

Les Espagnols passeront la 1ère moitié du 16émé siècle à la conquête de ce pays et l'autre moitié à la colonisation.

Ils développeront au 17ème siècle, l'agriculture et l'élevage. Mais la main d'œuvre indigène diminuant, ils feront venir des esclaves d’Afrique. Bartholomé de las Casas tentera d'être un médiateur entre les Espagnols et les indigènes, cherchant à leur obtenir un meilleur traitement.

 

Les descendants des indigènes et des noirs, les créoles, constitueront à la fin du 18éme siècle une élite bourgeoise. En 1781, ces " comuneros" revendiqueront leur identité créole et contesteront le pouvoir de Madrid. Ils refusent les taxes et impôts imposés par la couronne.

De plus, l'économie coloniale est basée sur le pillage et l'exploitation. Le pouvoir et l'église très liée aux affaires d'état, ont  des difficultés pour contrôler les populations

Entre temps les indiens se sont enfuis dans les réserves. Des métissages ont lieu entre blancs (les plus pauvres) et indiens. Ces métisses accèdent librement à la terre et ne payent pas d'impôts. Alors que les rivalités entre les grandes villes se développent (exploitation des mines). Dans ces villes, l’Etat est présent par son système politique et juridique. Mais ailleurs, en dehors des villes, se sont les notables, commerçants et grands propriétaires des terres et des mines qui représentent le pouvoir.

 

En 1810 Les comuneros déclareront l'indépendance, mais l'Espagne arrive à reconquérir le pouvoir.

Ce n'est qu'en 1819, que Simon Bolivar apporte l'indépendance à la nouvelle grenade. Il crée une union et crée la Grande Colombie, regroupant le Venezuela, la Nouvelle Grenade, Equateur et Panama. Mais à sa mort, l'union se fragmentera et en 1830 disparaîtra.

La société est alors divisée en deux :

Il y a une société liée à l'état et à l'église et l'autre qui est en rupture avec l'état. Et ceci durera tout au long du 19/20éme siècle.

 

L'élite créole s'organise alors en deux camps politiques :

1)      Les libéraux : qui veulent une décentralisation du pouvoir dans un état fédéral, avec moins de pouvoir pour l'église, qui se mêle trop des affaires de l’état.

2)      Les conservateurs qui eux, veulent un Etat centralisé, fort et soutenu par l'église.

 

Les indigènes eux, continuent à être méprisés par les créoles, de la même manière qu'ils le furent sous les Espagnols.

 

 

 

Les deux élites au pouvoir vont régner en alternance. Cela n'empêchera pas les 50 insurrections populaires et les huit guerres civiles qui culmineront en 1899 avec la guerre des 1000 jours, date à laquelle le Panama est perdu au profit des Etats-Unis (1903) pour leur soutien pendant cette guerre. Les libéraux gagnent dans un premier temps, puis sont  obligés de se replier dans des zones périphériques. Ils demanderont l'appui d'une population qui mène des guérillas anarchiques. Les conservateurs tiennent les villes et les communications. Les libéraux, alliés à des chefs rebelles (car ils connaissent bien le terrain et ont une tradition de lutte armée). Mais voyant qu'ils leur est impossible de gagner, ils finissent par proposer un arrêt des hostilités. Mais les conservateurs et les chefs rebelles refusent. Il y a un regain des hostilités jusqu'au sein des familles. Le bipartisme rend impossible l'expression d'autres tendances dans le pays (elles issues de l'industrialisation du pays, et en particulier la classe ouvrière). Le développement du service public accroît la corruption des milieux politiques. L'absence de ces nouveaux partis capables d'impulser une modernisation de la société colombienne va retarder l'adaptation des institutions aux nouvelles conditions.

La présence de l'Etat est faible à tous les niveaux (local/régional/national) car ses ressources sont peu élevées.

Ce n'est que dans les années 20, avec le café et la banane, plus les investissements pétroliers que le gouvernement aura enfin la possibilité d'emprunter à l'étranger, plus les versements reçus des Etats-Unis pour compenser la perte de Panama.

Mais cet argent sera une source de conflits entre l'Etat et les régions. Il sera très mal utilisé. Et la classe moyenne et ouvrière est toujours aussi réprimée, sans que l'Etat cherche à remédier aux causes de leurs problèmes.

En 1929 : nouvelle crise économique avec la chute du café. Un nouveau mouvement colonial apparaît. Préférant les grandes haciendas aux espaces et zones éloignées. Cela déclanche la colère des grands propriétaires. Et les socialistes vont alors essayer de porter sur la scène politique ce problème, en marge des deux grands partis.

Les socialistes sont d'anciens libéraux pour la majorité, mal intégrés dans le paysage politique. Des grèves auront lieu dans tout le pays (ports, pétroliers, bananeraie etc..)

Il y a une coïncidence entre les zones d'expansion du socialisme et celles des manifestations de la violence, des années 1950 à aujourd'hui (qui sont des zones de colonisation récentes où la cohésion sociale est faible et la présence de l'Etat précaire). Le parti socialiste va porter les mêmes vices que les autres partis (autoritarisme, personnalisation du pouvoir allant parfois jusqu'au culte de la personnalité). Et pendant ce temps, les institutions locales et régionales continuent de perdrent leur légitimité. Les rancoeurs qui éclateront dans les années 50 forceront un nombre important de personnes au déplacement dans le pays, ce qui créera un conflit ultérieur dans les nouveaux lieux d'implantation.

Il va y avoir alors une superposition des pouvoirs entre les campagnes, les villes (où l'on vote peu, contrairement aux campagnes).

Et ce sont ces carences des institutions publiques qui vont offrir des espaces libres à de nouveaux acteurs sociaux, qui eux, vont effectuer un vrai contrôle sur les populations.

La violence et les conflits vont culminer lorsque le président Lopez Pumarejo va proposer de remettre en cause le rôle de l'église (supprimer le nom de dieu de la constitution …)

1948 : Jorge Eliecen Gaitan, chef de file populiste est assassiné. S'installe alors une période de conflits qui va durer 10 ans. " La violencia" qui fera plus de 300 000 morts et qui provoquera un exode rural important. Chaque parti essayera d'éliminer l'autre de façon cruelle, il faut le "faire disparaître". Et la haine est telle, qu'ils finissent par en oublier ce qui les unissait à leurs adversaires (relations familiales, de voisinage, travail..)

Les deux partis feront appel à des chasseurs de têtes "pajaros".

Les libéraux finissent par quitter le gouvernement, et cette rupture plonge le pays dans une crise politique profonde, qui va être le détonateur aux conflits régionaux.

Des guérillas apparaissent dans trois types de régions :

-         Les zones de colonisation récentes

-         Les zones agitées par la violence

-         Les zones d'agricultures à dominante libérale.

 

L'Etat étant absent de ces zones, le retour à la violence, collective ou individuelle, est le résultat de la conjonction d'une crise nationale qui affecte la légitimité du pouvoir.

Ce monopole politique favorisera l'émergence de plusieurs mouvements de guérillas de gauche (FARC/ELN/M19).  Ces mouvements réclament à l'origine de meilleures conditions de vies pour le peuple. Ils obtiendront au début, le soutien des pauvres et des paysans exploités. Ces groupes s'organiseront et finiront par représenter une vraie pression contre le gouvernement. Le gouvernement lui, ne se focalisant que sur la violence politique, en oubliera les autres sources (familiales, règlements de compte, luttes sociales..)

Et dans les années 60, la révolution cubaine va influencer la guérilla, ce qui modifiera ses relations avec la population paysanne ou indienne.

Pendant ce temps, les différents développements sociaux, urbains, professionnalisation de la classe moyenne vont faire disparaître les valeurs traditionnelles. Mais rien ne les remplacera.

Au contraire, c'est l'individualisme; la négociation et le calcul rationnel qui sont utilisés comme stratégie de survie ou de domination.

Les classes montantes refusent de plus en plus le système et s'abstiennent de voter;

L'église connaît, elle aussi, un recul considérable. Les problèmes sociaux urbains ou ruraux sont un bouillon de culture favorable à la violence. Mais il n'existe pas de médiateur. Et les mouvements de protestations se rapprochent du banditisme et de la criminalité.

L'institution politique n'a donc pas été capable de se moderniser pour gérer le pays. Face à l'échec du Front National, la seule issue possible apparaît  comme étant la lutte armée.

Emerge alors une société basée sur l'appât du gain, l'illégalité, la justification du recours à la violence. Et c'est dans ce contexte que se développe le trafic de drogue.

Parallèlement apparaîtront les "escadrons de la mort", groupes paramilitaires (protège les Cartels de Medellin et Cali). Et dans les années 1980 la drogue devient une source de revenus importante.

1982 : Betancourt alors président, essaye de mettre un programme de libéralisation et rend la liberté à plus de 400 guérilleros, mais la paix ne revient pas.

1991 : nouvelle constitution qui veut renforcer le pouvoir de l'Etat et mener une politique de réconciliation. L’amnistie est accordée à des trafiquants de drogue et les indigènes sont enfin reconnus comme des citoyens avec des droits.

2000 : Entrée sur la scène politique Colombienne des Etats-Unis " Plan Colombie".

Avec le gouvernement Clinton, qui apportera une aide financière et dont l'essentiel du programme sera la lutte anti-drogue avec éradication des cultures illicites. C'est donc une option militaire qui est choisie. Sur les 1,3 milliards de dollars reçus, 519 millions seront destinés à l'armée et 123,8 à la police pour combattre les narco-traffiquants. Le reste était destiné à aider les fermiers qui abandonnaient  la culture de coca, puis en dernier lieu, l'assistance aux personnes déplacées. Malgré les quelques programmes pilotes de reconversions offerts à certains paysans, ceux-ci sont restés prisonniers du système dominant du moment (armée, guérilla, paramilitaire).

 

 

 Auteur : Karima KOUIDRI Février 2003.

 

Rédigé par kak94

Publié dans #politique

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