Punir les pauvres
Publié le 27 Août 2007
Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale
Loïc Wacquant

Sécurité et répression sont les ingrédients tristement familiers des discours et des politiques depuis la fin du XXe siècle. Loïc Wacquant, sociologue, s’y attaque dans cet ouvrage en cherchant à
comprendre ce qui se cache derrière cette mise en scène de la « sécurité ». Il étudie ainsi « la substitution de l’État providence par un État pénal et policier ».
Sécurité et répression sont les ingrédients tristement familiers des discours et des politiques depuis la fin du XXe siècle. Loïc Wacquant, sociologue, s’y attaque dans cet ouvrage
en cherchant à comprendre ce qui se cache derrière cette mise en scène de la « sécurité ». Il étudie ainsi « la substitution de l’État providence par un État pénal et
policier », montrant que les prouesses des gouvernants en matière sécuritaire sont à la hauteur de leur impuissance - revendiquée - en matière économique et sociale, dogme néolibéral oblige.
L’auteur fait cette analyse au regard de ce qui se passe outre-Atlantique depuis le milieu des années 1970. La criminalisation des pauvres aux États-Unis a en effet été, et continue d’être, la
principale réponse étatique à une misère grandissante. Cela se traduit par un secteur pénal hypertrophié : il est le troisième employeur du pays ! L’augmentation de plus de 400 % du
nombre de détenus en 25 ans fait que les Américains affichent l’effrayante proportion de 710 détenus pour 100 000 habitants.
L’argumentaire, très bien documenté et chiffré, de Loïc Wacquant pointe par exemple la transformation des « services sociaux en instrument de surveillance et de contrôle ». En France,
il est ainsi demandé aux travailleurs sociaux de ficher leurs interlocuteurs. Notre pays ne constitue encore qu’une pâle copie des États-Unis, mais il suit ce « modèle ». En deux ans de
gouvernement Raffarin, le nombre de détenus a augmenté de 13 000 pour atteindre 60 000 personnes incarcérées (98 détenus pour 100 000 habitants). Avec tous les problèmes liés à la surpopulation
des prisons qui en découlent. De nombreux rapports ont déjà dénoncé les conditions de détentions françaises, en particulier celui du Comité européen de prévention contre la torture qui, en
janvier 2004, s’alarmait des « traitements inhumains et dégradants » infligés aux détenus.
Loïc Wacquant s’attache à montrer l’ineptie totale d’un système qui repose d’abord sur des mensonges, en particulier l’idée d’une violence qui serait en augmentation, qui serait anonyme et qui
frapperait les plus « faibles ». En vérité, les chiffres de la violence sont en baisse, les actes violents sont généralement commis par des personnes connues de leurs victimes et ils se
déroulent plus souvent sur le lieu de travail que dans la rue (13 % contre 3 %)...
Ensuite, bien que le système pénal soit omniprésent dans les discours, il n’est à l’évidence pas adapté à la petite délinquance : moins de 2 % des contentieux conduisent à une peine
d’emprisonnement. Enfin, les séjours en prison - avant et/ou après le prononcé d’un jugement - sont une « école de professionnalisation criminelle » et en aucun cas une étape de
réinsertion sociale : la récidive concerne plus de 75 % des détenus pour des petits délits.
Cet ouvrage passionnant explique la logique sécuritaire, sans chercher à excuser tel ou tel comportement. Proche de Bourdieu, Loïc Wacquant défend une science sociale qui permet de comprendre
pour mieux agir.
M. Reinert, Transrural Initiatives n°278, 8 février 2005.
source : http://www.ruralinfos.org/spip.php?article1522