RWANDA- TEMOIGNAGE DE L'OMBRE

Publié le 6 Février 2007

source photo : http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/africa/714025.stm

J'ai eu l'occasion de rencontrer des témoins du génocide du Rwanda.

J'avais à l'époque axée ma recherche sur le rôle de l'Eglise au coeur de ce conflit.

Je vous partage donc ces experiences sous forme de trois témoignages.

J'avais été trés marquée par les conditions dans lesquelles le témoin, que nous appellerons N°3, m'avait reçu. Volets fermés, lumière faiblarde au dessus d'une table, et sans cesse ces paroles : Dites leur... faites leur savoir..

Témoignage n°3

 

J'ai été à Bukavu, chef lieu de la province, du sud Kivu, qui était la capitale de la grande province du Kivu dans le temps. En 1988, Mobutu a procédé à ce qu'il a appelé le "découpage test"de la grande province du Kivu, pour plus de décentralisation, mais en fait, cela était pour fragiliser cette province. A l'époque il craignait l'élite qui venait de cette province de l'Est et qui se retrouvaient à Kinshasa, car il y avait une forte résistance contre lui. Et cela était dicté par un certain nombre de personnes faisant partie de l’élite, issue de la province elle-même, qui voulaient  beaucoup plus d'autonomie par rapport au sud Kivu. Le nord du Kivu était en grande partie peuplé par des Tutsis, de nationalité congolaise. On a ainsi découpé la province en trois parties et Bukavu est resté le chef-lieu du sud Kivu. Goma, capitale de la province du Nord- Kivu, et Kindu un peu plus à l'Ouest, la capitale du Maniema. Il y a toujours eu des problèmes et des échanges entre le Rwanda et le Zaïre à cause du lac Kivu. Il y a eu beaucoup de migrations entre les peuples rwandais et les peuples du Zaïre, au point que quand il y a eu des problèmes en 1959, avant l'indépendance,  ce sont les Hutus qui ont chassé les Tutsis. C’est le parti Parmehutu qui, avec Kayibanda, prend le pouvoir en 1962. Ce nouveau président radicaliste, à la limite extrémiste, ne voulait pas entendre parler des Tutsis.  Du coup, bon nombre de Tutsis se sont exilés en Tanzanie, un grand nombre est parti vers le Zaïre et l'Ouganda. Et c'est ce qui va constituer le maquis du FPR ( Front Patriotique Rwandais) qui a tenté à plusieurs reprises de retourner vers le Rwanda, mais sans succès. En 1972, on va procéder au changement du pouvoir, parce que certains Hutus et même des Tutsis, considéraient que Kayibanda était trop radicaliste. C'est ce qui va conduire en 1973, le général Habyarimana au pouvoir par un coup de putsch. Il va essayer de développer le pays, qui deviendra dans les années 1990 un des pays d'Afrique noire les plus modernisés. La situation économique était plus ou moins correcte, les communications dans le pays fonctionnaient relativement bien et le réseau routier principal prenait forme avec des routes asphaltées et l'autosuffisance alimentaire était assurée alors que le Rwanda était un pays pauvre, qui n'avait pas de potentialité. En 1990, le FPR attaque car Habyarimana avait mis en place un parti unique ( le MNRD). L'armée gouvernementale, à ce moment là, était constituée de 4000 hommes. Ce qui fait prendre conscience à Habyarimana qu'il a tout misé sur le développement et laissé de coté la défense du pays. C'est alors qu'il comprend la nécessité d'éluder des stratégies pour son pays. Il décide alors de gonfler ses contingents militaires qui atteindront 40 000 hommes, au moment du génocide en 1994. La guerre venait maintenant de l'Ouganda, au nord du Rwanda avec la bénédiction de Musévéni, lui-même ancien maquisard. et le chef des maquisards rwandais Paul Kagame qui a pris le pouvoir tout récemment après la démission forcée du Hutu Pasteur Bizimungu. Kagame avait aidé Museveni à prendre le pouvoir en Ouganda. En retour, Museveni les aidera à prendre le pouvoir à Kigali.

Mais à l’époque, il faut tenir compte de l'environnement international. On est encore en pleine guerre froide. Et à cette époque, le grand rempart des occidentaux en Afrique centrale, c'est Mobutu. Lui et Habyarimana à cette époque s'appellent des "frères" et sont, plus ou moins dans le giron français sous François Mitterrand surtout. Et Habyarimana se sentait sécurisé par la présence de Mobutu. Ce fut un coup dur pour lui quand avant de se rendre à Arusha, il est passé voir Mobutu à Gbadolite (ville que Mobutu s’était construite chez lui) pour qu'il se joigne à lui. Visiblement averti, Mobutu ne l'accompagne pas, ce qui éveille des soupçons chez lui et il pense que quelque chose se trame. Voilà donc un homme qui a passé son temps à vouloir  le développement de son pays, mais il lui a aussi été fait le reproche d'axer son pouvoir sur des paramètres qui étaient de nature à alimenter les oppositions et à entretenir la haine contre lui.

Par rapport à son prédécesseur, qui était extrémiste, radicaliste, lui aussi était méfiant avec les Tutsis même s'il ne nourrissait pas le même extrémisme. L'opposition régionale entre les Hutus du nord et du sud, ( lui était issu du  nord) était apparue au grand jour. On dit que sa femme a eu un rôle dans les relations qu'elle avait dans l'entretien d'une élite et pratiquait un néo-patrimonialisme, une sorte de gestion familiale (Akazu en Kinyarwanda).

En 1990 la guerre civile éclate. Mobutu envoie alors à Habyarimana sa division spéciale présidentielle pour le secourir et grâce à cela il pourra repousser l'attaque qui vient du nord de l'Ouganda. et cela jusqu'en 1994. Ils vont aller de négociations en négociations (Gbadolite I , II et III, Arusha I, II ….) et cela jusqu'au 6 avril1994 quand il revient d'Arusha et que l'on tire sur son avion.

Il décède avec le président Burundais qui l'accompagnait et son chef d'état-major.

  

Dés le lendemain le génocide avait lieu. Je me trouvais à l’Archevêché et à ce moment, l’Archevêque m’a demandé d’aider à l'accueil des premiers réfugiés. La première vague qui arrive est constituée de Tutsis. Nous les avons accueillis à l'Est, comme nous accueillerons plus tard les Hutus  après leur défaite. Nous avons sensibilisé l’Eglise, pour que nos paroissiens acceptent de participer et d’accueillir ces Tutsis malgré les mauvais défavorables sur ce groupe ethnique dans la région. Ceci durera jusqu'en juillet, quand le FPR  gagnera la guerre en chassant l’armée constituée de génocidaires et de miliciens de Kigali. Et c'est à ce moment là que nous, nous avons accueilli un flux de plus de 8000 réfugiés sur l'esplanade de notre cathédrale. Dans toute la province du sud Kivu, nous avons accueilli plus de 450 000 réfugiés.

Les besoins en denrées alimentaires étaient alors six fois supérieures aux denrées disponibles dans la région. Nous étions mal gérés, il n'y avait pas de routes pour écouler les produits. Il y avait aussi une forte désarticulation entre les villes et les campagnes.  

Les humanitaires ensuite sont arrivés. Leur arrivée à eu des conséquences sur l'environnement de la région. En effet, avec leurs poids lourds ils ont démoli le bout de routes qui restaient. Toute la vie aussi a été dollarisée. Il fallait acheter en dollars, il n'y avait plus que le dollar qui circulait En plus, les rwandais sont des personnes qui ont une culture alimentaire bien à eux. On leur distribuait des biscuits et de l'huile d'arachide, mais ils n'étaient pas habitués à ces denrées. Alors ils s'organisaient pour revendre ces denrées aux personnes autour d'eux, et avec l'argent reçu ils s'achetaient des denrées plus appropriées à leur coutume alimentaire, (huile de palme, banane, pomme de terre..). Dans les camps, les réfugiés ont reproduit leur pays. Le pouvoir était aux mains de ceux qui avaient du pouvoir dans leur ville ou au village. Il y en avait même qui allait jusqu'au Moyen-Orient ou en Asie du sud-est pour aller acheter des produits et ils revenaient les revendre dans le camp, et au besoin même aux congolais. Un vrai marché noir s'était mis en place. En outre, lorsque nous nous déplacions sur les routes, nous rencontrions souvent, surtout le soir des bandes organisées qui nous dévalisaient et même qui violaient des femmes. Le soir aussi, souvent ils n'hésitaient pas à aller dans les champs des gens pour les dévaliser.

 De plus, les normes d'installations des camps n'ont pas été respectées. Beaucoup arrivaient et s'installaient dans les rues, avec leurs marmites ou alors des camps étaient installés à une vingtaine de kilomètres des frontières. Et il paraît que ceux qui se trouvaient si prés du Rwanda, en profitaient pour aller déstabiliser le pays. Mais ce qui est sûr aussi, c'est que le Rwanda a traversé souvent ces frontières pour venir tirer sur les camps et tuer beaucoup de réfugiés.

Mais en 1996 la situation devient de plus en plus tendue ;  le dispositif est mis en place pour aller poursuivre les génocidaires au Congo et cela est organisé depuis le sud de Bukavu.

Les hostilités avaient commencé dans les milieux des Banyamulenge qui avaient fait des alliances avec les Tutsis du FPR. Au départ, quand ils ont commencé à combattre, il y a des enfants des banyamulenge qui avaient quitté le Zaïre à l'époque, pour aller rejoindre les camps du FPR en Ouganda et s'entraîner. Ce sont eux, qui vont traverser les premiers pour venir libérer leurs parents du soit disant joug congolais. Mobutu, avait une stratégie avec ces Rwandais du Kivu. Il savait qu'ils ne pourraient jamais avoir la mission de devenir chef de l'état un jour, et donc il s'est appuyé sur eux pour persécuter tous les ressortissants de l'Est qui eux avaient un plus grand esprit d'envahisseurs. Ce qu'ils faisaient, c'était de faire en sorte qu'il n'y ait pas de ressortissant du Kivu qui monte en flèche vers le pouvoir central parce que cela représentait un danger pour eux. Mobutu a su exploiter cela, au point qu'à un moment, un des directeurs de son cabinet les plus puissants, un Tutsi qui s'appelle Bisengimana, ( qui encore aujourd'hui est un homme riche et puissant). Il possède un bateau qui fait la navette le lac Kivu, et qui peut transporter jusqu'à 5000 caisses. Il en profite donc pour faire entre Bukavu et Goma) et qui va infiltrer tous les milieux.

Communication et téléphonie mobile étaient sous leur contrôle et les utiliseront en 1996 contre Mobutu lui-même. La deuxième guerre est donc une incidence du génocide rwandais au Congo-Kinshasa, en utilisant le soi-disant droit de poursuite des génocidaires au-delà des frontières.  

Les prêtres seront suspectés de cacher des armes car au sud une soi disant cache d'armes aurait été retrouvée. Les évêques de Goma, capitale du Nord-Kivu, et d’Uvira avaient fuit. Il fallait que quelqu'un reprenne les rennes. Il est demandé à notre Archevêque qui était à Kinshasa de revenir assurer une responsabilité dans la région. Mais il est tué le 29 octobre lorsque les Rwandais reprenaient la ville de Bukavu. Ils prendront ensuite Goma, sans combat. Mais l'armée congolaise qui est là, se contente de piller et de voler. La population est désarmée. Elle se retrouve attaquée par tous les fronts. D'un coté ils sont rejetés par leurs propres compatriotes et de l'autre subissent l'ennemi en face. Seule l'ancienne armée qui était dans les camps a tenté de combattre un peu. Mais les Congolais n'étaient pas habitués à combattre. L'armée de Mobutu n'avait jamais gagné de guerre. Lors de l'entrée de Kisangani dans le conflit, la guerre va s'internationaliser. L'Angola va participer, la Zambie, tous les voisins que Mobutu déstabilisaient pendant la guerre froide. Tous ont participé pour pouvoir le chasser. Se retrouve à la tête de l'armée rwandaise un certain Laurent Désiré Kabila que les Rwandais ont recruté pour donner une coloration civile à une attaque d’agression extérieure. C’était  un homme rusé et qui habile à manier plusieurs langues.  Entre temps, à Goma, ils ont réussi à tuer un des chefs rebelles, qui s'appellait  Kisase, qui était congolais et nationaliste. On commençait à partir de Goma, de demander aux rwandais de retourner chez eux, et les rwandais trouvaient dangereux ce mouvement nationaliste à l’intérieur des forces qui devaient marcher plus tard sur Kinshasa. Ils ont évolués avec Kabila qui était un peu plus rusé à l'époque, jusqu'à ce qu'ils arrivent à Kinshasa. Le 17 mai 1997, c'est à ce moment là qu'ils prennent le pouvoir. Toute la communauté internationale insistait aussi pour que Mobutu quitte le pouvoir. Il y a eu un émissaire de Clinton qui est venu lui dire de quitter le pouvoir sinon il subirait le sort de Ceausescu. Mais Mobutu tient tête, jusqu'à ce que son homme de confiance vienne lui dire " nous ne pouvons plus vous défendre", le général Mayele. Il a été tué car il représentait une menace et était considéré comme un traître au pouvoir de Mobutu. De plus ce général était un grand stratège et le Rwanda avait peur de lui. C'est lui qui a conduit l'opération que Mobutu avait envoyée au Rwanda en 1990 pour combattre le FPR.

A ce moment là, Kabila, depuis Lubumbashi, s'auto- proclame président du Zaïre. Mais la population ne va pas l'accepter car elle a le sentiment d'être gouverné par un étranger. Du coup elle va se livrer à des exactions et des violations des droits de l'homme.

Il y a eu aussi un massacre dont on ne parle jamais, celui des Hutus. 200 000 personnes massacrées dans la forêt et pour lesquelles on n’a jamais rien dit. C'est un père blanc, Maindron, qui portera l'affaire devant le vatican et dénoncera la responsabilité de l'évêque de Goma, Mgr Ngabu

La guerre dont souffre le Zaïre est aujourd'hui, le complot de la communauté internationale qui s’est servi du génocide rwandais pour mettre le Congo en coupe réglée.  La poursuite des génocidaires dans les forêts zaïroises, l'affairisme autour des minerais s'y est mêlé, un pays fractionné en plusieurs morceaux, le nombre élevé de rebellions, les différentes milices, les enfants soldats soumis à la drogue et l'alcool….compliquent d'autant plus la situation.

Le rôle de l'église

Lorsqu'il y a déliquescence de l'état, l'église remplit un rôle de suppléance.

Déjà, du temps de Mobutu, l'Eglise s'était orientée vers la perspective du pluralisme politique, vers plus d'ouverture. Le mémorandum de l’épiscopat du Zaïre avait fait tâche d’huile lors de la consultation populaire organisée par Mobutu en 1990. Et c’est un évêque qui sera élu pour conduire les travaux de la conférence nationale souveraine, notamment Monseigneur Mwonsengo. Mais quand le problème du génocide se pose, il va plus ou moins éclipsé ce combat entre l'église et l'état.

Monseigneur Munzihirwa, en plus d'avoir sensibilisé les populations du Kivu à l'accueil des réfugiés a eu un grand rôle de dénonciateur. Il a rédigé beaucoup de lettres pastorales pour signifier clairement son engagement politique pour plus de justice et contre l’alimentation de la haine ethnique. Il a plusieurs fois alerté la communauté internationale pour dénoncer la situation. Il a écrit aux USA, à Nelson Mandela, aux Nations Unies mais on a compris plus tard que le plan de déstabilisation du Congo était déjà en marche.

Il a écrit aux différents épiscopats dans le monde. Nous n'avions pas compris que l'environnement international était en train de changer. C'est ça le problème. Avec la fin de la guerre froide, le monde était en train de subir une recomposition socio-politique. Donc les changements de pouvoirs étaient inévitables. Mais comment ces changements allaient se faire? Peut être que si l'on avait perçu cela très vite, il aurait pu changer de stratégie. Car même si l'on meurt, il est important que l’œuvre pour laquelle on meurt puisse poursuivre sa marche.

Après sa mort, le diocèse est resté assez longtemps sans évêque. Son remplaçant était un homme qui aimait plutôt le consensus, contrairement à Mgr Munzihirwa qui préférait utiliser sa plume et dénoncer. Il s’est servi du groupe de réflexion, le GRAPES, en s'entourant de personnes diverses qui vont l'aider à réfléchir sur les problèmes socio-économiques au niveau du diocèse. Réuni chaque semaine, ce groupe d'experts, composé de religieux et de laïcs fait des orientations pastorales à l'évêque. Celui-ci après proposait les orientations retenues par lettre. Mais il va canaliser l'attention de la résistance qui va finir par se focaliser sur le diocèse de Bukavu à l’intérieur de la société civile.

Il y a deux problèmes à soulever  (qui pourraient expliquer en partie pourquoi les Rwandais ne lui ont pas pardonné. Le 1er  est que Mgr Katarigo a pris position pour dire que les Rwandais n'étaient pas au Congo pour poursuivre les génocidaires mais pour le pillage du Congo et ceci en 1999. La lettre disait il sortent de notre pays avec notre argent et ils rentrent avec des armes pour nous tuer. Pendant ce temps, nos enfants ne sont pas scolarisés et des hommes meurent privés de soins de santé primaire. Il y a même eu des opérations "villes mortes" qui ont été organisées pour contester. Ces opérations ont été menées sous la bannière de la société civile où l'Eglise est la figure de proue. Mais cette attitude ne sera pas pardonnée à l’église.

Le deuxième élément qu'ils n'ont pas pardonné, c'est quand le FPR, le pouvoir à Kigali, décide de condamner un évêque d'ethnie Hutu pour sa participation supposée au génocide. Malheureusement, seul l'évêque de Bukavu a dénoncé cette condamnation arbitraire. Même l'évêque de Goma ne se manifeste pas, alors qu'il siège en tant que président à la conférence épiscopale. Cela démontre à quel point il existait bien deux Eglises. Une de proximité et très engagée et une autre qui fait le jeu de l’agresseur oppresseur. Même le Saint Siège n'arrivait pas à savoir comment se situait. Je crois qu’il avait été roulé sérieusement par l’évêque de Goma. Mais les autres missionnaires et évêques ont aidé le Saint Siège à y voir plus clair.

De par un manque de communication, les évêques eux-mêmes parfois n'ont pas une vision exacte de la situation. Beaucoup ne connaissent pas très bien le pays. Je me souviens d’un entretien que nous avons eu avec deux évêques du Katanga ; ils étaient complètement ignorants de la situation de crise que nous vivions. Et puis il faut dire qu'au niveau de l'épiscopat, il y a une opposition d'écoles. Surtout ceux qui ont fait leurs études à Rome. Il y a une sorte de soutien mutuel entre ces personnes. Et il y a une forme de jeu du pouvoir qui s'exerce. Mais aussi le sens de l’unité de l’Eglise, de la collégialité qui par moment prime sur le reste et cela peut durer longtemps avant qu’une lumière ne soit faite sur une situation. Toutes ces oppositions internes n'ont pas permis de saisir le problème de la même manière et donc la divergence apparaissait aussi au niveau des solutions proposées.

Donc pour en revenir à Mgr Kataliko, lorsqu'il a rédigé ces deux lettres, la rébellion a attendu qu'il effectue un déplacement à Kinshasa ( et depuis Bukavu c'est devenu un vrai casse tête depuis que le pays est coupé en deux, car il nous faut aller au Rwanda, puis à Nairobi et prendre un avion jusqu'à Kinshasa.) et avant son retour ont fait courir le bruit qu'il voulait s'exiler. Ils auraient essayé de le tuer à son escale à Nairobi mais averti à temps, il  a déjoué le complot.  Les fausses accusations le concernant se font plus nombreuses. Il est maintenant accusé d'inciter à la haine ethnique, alors qu'il travaillait à la cohabitation pacifique. Il rentre donc à Goma pour discréditer les rumeurs, mais à son arrivée un commando l'attend et l'empêche d'aller à Bukavu. Ils l'obligeront à s'exiler et il partira plus de 7 mois dan sa région d'origine. Mais les habitants appelleront à la grève pour désapprouver cet exil forcé. Du coup, toutes les infrastructures sociales ( qui sont quasiment toutes gérées par l'église) sont paralysées. Mais en paralysant l'éducation, la santé et autres secteurs, le pouvoir en place en subit aussi les conséquences. Leurs enfants non plus ne peuvent plus se rendre à l'école…Et par cette pression le pouvoir sera amené à accepter la négociation. Mais cela prendra plus de 7 mois. Pendant un mois aucune messe ne sera célébrée, les écoles resteront fermées, il n'y avait quasiment plus aucun véhicule dans les rues.

 

 Mais l'Archevêque finit par entrer en contact avec son diocèse et leur demande de reprendre le travail et de continuer à prier, même si les négociations doivent être poursuivies. Le mode entier a crié : la France, Vatican, Washington, diverses conférences épiscopales, etc. Seulement, nous ne faisions plus confiance aux Américains car tout le monde savait qu’ils soutiennent Kagame dans cette folie. Ensuite, un émissaire américain était passé à l’Archevêché quelques jours avant l’arrestation de l’Archevêque

Mais on lui permettra après sept mois de revenir dans son diocèse, en catimini. Ils ne voulaient surtout pas qu'il revienne en grande pompe. Seulement les paroissiens, très heureux de le savoir de retour ont organisé des festivités et se sont tous, déclarés en congé, pour être auprès de lui et fêter son retour. Vu l'immense foule qui s'est rassemblée ce jour là, il était alors prévisible qu'il serait prochainement éliminé, à cause de sa popularité. En  effet, il mourra  à Rome et il est assez difficile de faire croire aux Congolais qu’il est mort de mort naturelle.

 

 Mais avant son départ, un soir à l'archevêché, il avait reçu une délégation venue du Rwanda, composée du chef d'état major de l'armée de Kigali, le chef d'état major de la préfecture de Chagungu, le chef d'état major de la préfecture de Kibui, et du sud Kivu, et lui ont dit qu'ils voulaient faire avancer le Congo. Mais il leur a répondu que ce pays ne leur appartenait pas. Que c'était le Congo et que s’ils voulaient chasser les Hutus ce n'est pas comme cela qu'il fallait agir ! Qu'i il fallait qu'ils demandent à leurs concitoyens, dans le cadre d'une confédération régionale de régler le problème des frontières et de la poursuite des génocidaires. Et que s'ils n'étaient pas d'accord avec lui, il était prêt à subir le martyr comme son prédécesseur. Et c'est effectivement ainsi qu'il a fini. Ils ont mis leurs menaces à exécution et l'ont éliminé.

 L'église comme acteur, a été déterminante. Sans oublier ses divergences locales, nationales pour autant. En 1998, les évêques écriront une lettre, qu'ils intituleront "Remets ton épée dans le fourreau".

Mais la société civile et les paroissiens trouvent cette lettre encore floue sur les positions de l'église. Du coup Mgr Kataliko rédigera une lettre le 25 janvier qui dira précisément ses positions :

-         Que les Rwandais (Tutsis) cessent le pillage du Congo.

-Qu'ils retournent chez eux ( ceux qu'on appelle les génocidaires et ceux qui sont au pouvoir) !En réponse à cette lettre, la société civile fera une communication pour traduire sa gratitude où elle déclare clairement être satisfaite de la position de l'église et peut continuer à lui accorder sa confiance.

La population se sent soutenue et peut poursuivre la résistance.

Pour ce qui est de la situation financière du Congo : Un gouverneur congolais est en place. Mais il est supervisé par un vice-gouverneur qui est Tutsi. Il s'occupe des finances. La population est frustrée de mettre son argent à la banque car elle a réalisé qu'elle entretenait l'effort de guerre avec son argent. 

Aujourd'hui l'Eglise continue son travail d'information à travers les centaines de groupes de fidèles qui la composent et regroupés au sein des communautés ecclésiales vivantes. Ces groupes sont très actifs et l'information y circule malgré les embûches qu'on voudrait poser sur son chemin. Mais l'église joue aussi un rôle d'encadrement. Il veut éviter à la population de sombrer dans la guerre ethnique ignoble et dans la violence. Souvent il y a eu des révoltes de lancées et à travers elles, on a voulu massacrer des personnes pour accuser l'église et faire en sorte que la population se retourne contre elle. Donc l'église est très vigilante et a réussi à éviter beaucoup de ces manipulations. Au niveau local, l'Eglise est trés active à Bukavu. La société civile aussi est très organisée.

Et bien sûr, en permanence on essayera de la corrompre, de la détourner de ses objectifs.

Mais c'est aussi une région dynamique, grâce à ses universités, sa jeunesse. C'est une région où l'on réfléchit beaucoup et où l'on pense l'avenir. La formule est la non-violence active et évangélique. Elle est très largement diffusée auprès des jeunes qui seront amenés à prendre des responsabilités demain.

Rédigé par Aicha Karima Kouidri

Publié dans #observatoirecitoyen

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Florence 06/02/2007 14:00

Bravo Karima pour la mine d'infos que tu nous apportes via cet article car il éclaire bien des points obscurs.Florence.