Nos enfants nous accuseront

Publié le 6 Novembre 2008

Planète \ Environnement \ Agriculture

Un film événement sur l'agriculture biologique

Soutenu par les organisations écologistes, le film « Nos enfants nous accuseront » de Jean-Paul Jaud fait figure d'événement. En retraçant le drame sanitaire, lié aux pesticides, qui a frappé le village de Barjac, l'auteur montre aussi que l'agriculture intensive n'est pas une fatalité. Le village a en effet décidé de réagir en passant à l'agricluture biologique et démontre que cette conversion est possible.

« S'il y a un film à voir cette année sur l’environnement et la santé, c’est bien le film de Jean-Paul et Béatrice Jaud ». Pour Nature & Progrès comme pour le MDGRF, associations les plus impliquées dans le combat contre les dangers des pesticides, « Nos enfants nous accuseront » est un « film événement ». Jean-Paul Jaud « fixe l’objectif de sa caméra sur une tragédie environnementale : l’empoisonnement de nos campagnes par la chimie agricole et les dégâts occasionnés sur la santé publique, notamment celle de nos enfants », résume le MDGRF.

« Passer au bio »

Barjac, dans le Gard, au pied des Cévennes. Cette cité de 1401 âmes constitue a priori un cadre idéal : de beaux paysages, une nature luxuriante, un air pur, des produits sains… Une ombre vient pourtant assombrir le tableau des Barjaquois. Dans la région, comme dans de nombreuses zones agricoles en France, on constate depuis quelques années une recrudescence des cancers, notamment chez l’enfant. Edouard Chaulet, conseiller général du Gard et maire de Barjac, prend conscience que les terres de ses administrés sont polluées par trop de chimie agricole. A la rentrée 2006, et bien avant les objectifs du Grenelle sur le sujet (voir encadré), il décide de faire passer les cantines de sa commune au bio.

Procès d’un agriculteur contre Monsanto

Paul François, agriculteur de Charente, vient de gagner une première bataille contre Monsanto. Pour la première fois, la justice a en effet reconnu hier un lien entre son état de santé et le fait d'avoir inhalé en 2004 des pesticides produits par Monsanto. L’agriculteur a pu démontrer, grâce au toxicologue Jean-François Narbonne (Université de Bordeaux), que ses nombreuses pertes de connaissance brutales étaient liées à une intoxication due à l’herbicide « Lasso » de Monsanto. Le tribunal des affaires de Sécurité sociale d’Angoulême a reconnu cet « accident du travail » qui « doit être pris en charge au titre de la législation professionnelle ». Le procès est programmé pour janvier 2009.

 

Dans son documentaire « Nos enfants nous accuseront », Jean-Paul Jaud a suivi, pendant un an, le parcours du village dans sa conversion au bio. Barjac possède une cuisine centrale, qui réchauffait et distribuait des repas surgelés aux cantines de quatre écoles, et à certaines personnes âgées de la région. Aujourd’hui, avec le concours des cuisiniers, elle prépare l’intégralité des 200 repas journaliers à partir de produits issus de l’agriculture biologique et provenant de la région. « Le but est de tendre vers le bio, mais c’est aussi de faire une alimentation de qualité au quotidien, avec le plus possible d’approvisionnement local ou de proximité » explique le docteur Stéphane Veyrat, directeur de l’association « Un plus bio ».

La preuve que passer au biologique est faisable

La principale crainte des parents a été le surcoût de l’opération. Militant, Edouard Chaulet s’insurge : « La santé, ça n’a pas de prix. Ça avait un coût de faire chauffer le sang contaminé, alors on ne l’a pas fait. Combien ça a coûté, en argent et en drame humain ? ». La municipalité est claire sur sa politique, « ne surtout pas faire passer les comptables d’abord ». Et elle n’a pas augmenté le prix des repas dans les cantines. L’idée que le bio était trop cher, présente dans l’esprit des Barjaquois, comme dans celui des Français, a été nuancée. Sensibilisés par leurs propres enfants, les habitants de la région se sont ouverts au bio. Leur portefeuille n’en a pas maigri pour autant. Et pour cause : l’initiation à l’agriculture biologique a poussé certaines familles à changer fondamentalement leur mode de consommation. « Les produits sont peut-être un peu plus chers, mais les boutiques qui les vendent proposent un nombre limité de produits. On a beaucoup moins de choix, on achète l’essentiel seulement. Donc financièrement, c’est pareil » analyse une mère de famille barjaquoise.

Généraliser le bio est donc non seulement faisable, mais surtout urgent. Ce pourrait être la conclusion du film de Jean-Paul Jaud. Plusieurs témoignages sont poignants. Un viticulteur raconte ses problèmes neurologiques et le cancer de son fils, consécutifs à son utilisation de produits chimiques. Un agriculteur avoue qu’il ne mangerait pas les légumes qu’il produit. Une exploitante décrit les saignements de nez dont est victime son mari à chaque traitement chimique. « Un ami nous raconte qu’à chaque fois qu’il traite ses vignes, il n’arrive plus à uriner pendant huit jours » ajoute-t-elle. Une autre évoque la leucémie de son fils, et des nombreux cas similaires dans son entourage. Confirmation du professeur Charles Sultan, éminent endocrinologue pédiatrique au CHU de Montpellier : « Nous avons des enfants du Gard, de l’Hérault, du Languedoc, de Camargue, qui ont des malformations quelques fois graves parce que leurs parents vivent, par exemple, dans des rizières où l’on épand des produits chimiques par avion ». Inquiets des longues listes de phytosanitaires utilisés par les agriculteurs, le professeur soutient qu’ « on joue avec la santé de nos concitoyens ».

« Résistance locale »

La prise de conscience, teintée de peur sanitaire, conduit les Barjaquois à se demander comment agir. « Il y a la résistance locale, que vous êtes en train de mettre en place aujourd’hui de manière simple, dans votre intérêt, dans l’intérêt de vos enfants. Vous encouragez les agriculteurs Bio, vous leurs offrez un marché proche, c’est intéressant » assure François Veillerette, président du MDRGF. Le documentaire est également l’occasion de combattre quelques idées reçues persistantes, en citant le rapport 2007 de la FAO :« cultiver l’ensemble des terres arables du monde selon les préceptes de l’agriculture bio permettrait de nourrir l’humanité ».

Jean-Paul Jaud alterne les témoignages des Barjaquois et les extraits des discours de scientifiques. Les observations pratiques des citoyens et les explications techniques des scientifiques se complètent alors parfaitement. Le réalisateur élargit parfois le champ d’étude. La bataille d’Edouard Chaulet, pour convaincre ses administrés de mieux nourrir leurs enfants, couvre plus que les seuls pesticides : colorants, additifs, etc. De réunions de parents d’élèves en débats entre agriculteurs bio et conventionnels, le maire persiste, au risque de contrarier certains électeurs. Il arrive même à convertir ses homologues des villes voisines. Un suicide politique ? « Ce n’est pas porteur électoralement. Mais il faut s’en mettre du monde à dos, pour faire avancer les choses » soutient-il.

Dans un communiqué, l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP), « remet en cause le contenu scientifique partial de ce film ». Elle rappelle que selon plusieurs organismes scientifiques, « il n'est pas possible d'établir un lien entre pesticides et cancer » et que les agriculteurs sont moins touchés par les cancers que la population générale. L'UIPP insiste sur l'importance des produits phytosanitaires, pourtant régulièrement remise en cause, pour « préserver les rendements et obtenir des cultures régulières ».

Pour l'UIPP, « l'agriculture biologique ne peut en aucun cas faire face au défi alimentaire mondial ». Rappelons qu’un des objectifs du Grenelle de l’environnement est d’imposer 15% de repas bio dans la restauration publique d’ici 2010 et 20% d’ici 2012. Dans les écoles, le changement devrait se faire en douceur, avec l’introduction d’un repas bio par semaine. Selon un sondage TNS Sofres de juin 2008, 71% des Français jugent « prioritaire » l’introduction du bio dans les cantines scolaires.

 

Nos enfants nous accuserons de Jean-Pierre Jaud
Avec le soutien du Conseil général du Gard, des CIVAM du Gard, du fonds d’action de la SACEM et du WWF.
Sortie nationale le 5 novembre.

Rouba Naaman
Mis en ligne le : 04/11/2008
© 2008 Novethic - Tous droits réservés
source : http://www.novethic.fr/novethic/v3/article.jsp?id=118522&newsletter=ok&cat=article_entreprise

Rédigé par kak94

Publié dans #observatoirecitoyen

Repost 0
Commenter cet article