« Placer l'individu au centre de l'économie »

Publié le 16 Septembre 2009



« Placer l'individu au centre de l'économie »

Joseph Stiglitz, président de la commission chargée de proposer des indicateurs alternatifs au PIB, a remis son rapport à Nicolas Sarkozy. Ses douze recommandations ont été présentées lors d'une conférence internationale à la Sorbonne, au cours de laquelle le président s'est engagé à mettre en œuvre ces nouveaux indicateurs portant sur le développement durable, le bien-être des ménages et l'environnement.

Commandé par Nicolas Sarkozy début 2008, le rapport sur la mesure de la richesse avait pour but de proposer des alternatives au PIB, outil de mesure dominant mais reflétant très mal l’ensemble des richesses et leur répartition. A quelques jours du sommet du G20, -qui se tient les 24 et 25 septembre à Pittsburgh (Etats-Unis)-, le président entend apporter sa contribution au débat : « La crise économique et financière ainsi que l'urgence écologique accroissent encore la pertinence de ces propositions dans le cadre des grands rendez-vous internationaux à venir », a indique l’Elysée vendredi 12 septembre. De fait, les recommandations de la commission Stiglitz (à laquelle ont participé Amartya Sen, autre prix Nobel d'économie, et Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE) préconisent de remettre à plat « l’idéologie » du PIB pour prendre en compte le bien-être des ménages, le développement durable et l'écologie.
Après un pré-rapport fortement contesté, car trop peu axé sur le développement durable selon bon nombre d’acteurs, la commission avait du en effet revoir sa copie en juillet dernier. Prenant acte des contributions ainsi que des nombreuses critiques, notamment celles des associations environnementales et des syndicats (voir article lié) la Commission Stiglitz a fait évoluer ses réflexions pour mieux prendre en compte les aspects sociaux et environnementaux dans la richesse nationale.
Le rapport final, d’environ 300 pages, recommande aujourd’hui de « placer l’individu au centre des réflexions et décisions politiques ». S’il ne remet pas totalement en cause le PIB comme outil de mesure, il met en garde contre sa « fausse utilisation». Les décideurs doivent connaître la situation réelle des ménages (richesse mais aussi bien-être, qualité de vie, santé…) pour prendre des décisions, explique en préambule le rapport. «Les embouteillages peuvent accroître le PIB puisqu'ils entraînent une augmentation de la consommation d'essence, mais pas le bien-être», explique, pragmatique, la commission. La 1ère des 12 recommandations explique ainsi que «pour évaluer le bien-être matériel, il faut analyser les revenus et la consommation plutôt que la production». Objectif : mesurer les écarts de revenus et les disparités individuelles, ce que ne permet pas le PIB. Pour cela, la seconde recommandation préconise de «renforcer l'analyse du point de vue des ménages», donc de mesurer comment l’inflation et le pouvoir d'achat impactent les individus et notamment les plus défavorisés. Autre grande nouveauté, cette analyse doit englober leur patrimoine, un élément clé pour évaluer leur niveau de vie.

« Mesurer les activités non marchandes »

Le rapport prend ensuite un virage plus radical, en évoquant la mesure «des activités non marchandes». Autrement dit, l’environnement dans lequel vivent les ménages doit être mesuré lui aussi : la qualité de vie, l'insécurité, mais aussi le taux de mortalité et de morbidité, mesurant les conditions de santé. Le niveau d'éducation et de démocratie sont également des indicateurs à prendre compte pour mesurer le bien-être, tout comme les activités personnelles et le travail, la gouvernance, les connections sociales et les relations entre personnes.
Très attendue, la mesure du développement durable fait l’objet du dernier chapitre, avec une constante : simplifier la « comptabilité écologique ». Alors que l’Union européenne vient d’annoncer la création d’un indice de pression environnementale pour 2010 (voir article lié), auquel s’ajouteront une batterie d’indicateurs de mesure du développement durable, la commission Stiglitz propose d’évaluer la « soutenabilité du bien-être ». Elle propose des indicateurs monétaires du développement durable, capables «de calculer la variation des stocks » : stocks de ressources naturelles mais aussi stock humain et physique d’un pays. La croissance sera donc mesurée sur sa durabilité : soit elle permet une augmentation du stock humain et physique d'un pays, soit c’est une croissance non durable, qui se traduira par une baisse de ces stocks…Enfin, le rapport s’achève sur une recommandation qui, dans les faits, existe déjà, puisqu’il s’agit d’une batterie d’indicateurs liés à l’environnement.

Quelle suite pour ce rapport ?

Lors de son discours, Nicolas Sarkozy a déclaré que «la France se battra pour que toutes les organisations internationales modifient leur système statistique en suivant les recommandations» de la commission Stiglitz. «Une réflexion collective est désormais engagée, elle ne s'arrêtera pas, il y aura un avant et un après cette commission», a-t-il ajouté. Reste que l'adoption de tels indicateurs par les institutions internationales économiques (FMI, OCDE...) doit être actée et qu'elle risque de prendre un certain temps.

source :  

Véronique Smée
Mis en ligne le : 14/09/2009
© 2009 Novethic - Tous droits réservés

 

Rédigé par kak94

Publié dans #observatoirecitoyen

Repost 0
Commenter cet article