Sécurité alimentaire : tout reste à faire

Publié le 17 Mars 2009




62 ministres et délégués de 126 pays, ainsi que quelques représentants d’ONG internationales et de fédérations de syndicats agricoles, ont participé à la réunion de haut niveau « la sécurité alimentaire pour tous », les 26 et 27 janvier dernier à Madrid, sous l’égide de Nations-unies. Une réunion globalement décevante : les participants ont constaté le non-respect des engagements financiers des Etats pris lors du Sommet de la FAO à Rome en juin 2008 et, en l’absence de consensus, le projet de Partenariat mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, visant à une meilleure cohérence des politiques, n’a pas progressé.

Avec 963 millions de personnes affectées, la faim chronique s’est aggravée depuis juin 2008 (862 millions), sur l’ensemble des régions en développement : le panorama dressé par la FAO lors de l’ouverture est sans appel. Un constat suivi d’un diagnostic du rapporteur spécial des Nations-unies sur le droit à l’alimentation, Olivier De Schutter : « le système actuel nous mène au désastre ! ». Spécialisation des pays en développement sur quelques filières d’exportation au dépend de l’agriculture locale, modèles agricoles intensifs responsables du tiers des émissions de gaz à effet de serre, populations déplacées ou exploitées au travail, poids grandissant des firmes multinationales, concurrence de l’alimentation avec les cultures énergétiques,…ont amené le rapporteur spécial à plaider pour une agriculture vivrière prévalant sur le commerce international et un renforcement du rôle des petits producteurs. Insistant sur les obligations des Etats à qui incombent le respect du droit à l’alimentation, Olivier De Schutter a signalé qu’au-delà des enjeux techniques et financiers, la faim demeure avant tout une question « politique ».


Décalage entre discours et pratique

De fait, entre les ambitions affichées par les Etats concernant la lutte contre la faim et la mise en œuvre des politiques agricoles, commerciales, financières, d’aide au développement ou énergétiques, le fossé reste béant. Cette situation est aggravée par les divergences entre les organisations internationales sur les politiques à suivre, et le manque de coordination de la communauté internationale. Le projet de « Partenariat mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire », leitmotiv de la réunion, revêtait ainsi une pertinence particulière en se proposant de « stimuler une action cohérente, durable, orientée vers des résultats, et efficace pour la situation actuelle et à venir d’insécurité alimentaire ». Suggéré en juin dernier à Rome par le Président français, aujourd’hui porté par les pays du G8 et soutenu par le coordinateur de l’Equipe spéciale des Nations-unies David Nabarro, ce partenariat mondial devrait s’appuyer sur les institutions existantes et tous les acteurs concernés – dont les organisations de producteurs et les ONG – et se décliner autour de trois « piliers » :
- politique : il s’agit de créer un lieu réunissant l’ensemble des acteurs (Etats, organisations internationales, société civile) afin d’atteindre une meilleure coordination et une plus grande cohérence des stratégies et des politiques internationales ayant un impact sur la sécurité alimentaire.
- scientifique : toute l’expertise scientifique et professionnelle déjà existante doit être mieux mobilisée, mieux partagée, afin d’éclairer les décideurs sur les choix de long terme.
- financière, pour des mesures de sécurité sociale (bons alimentaires…) des populations les plus vulnérables, et pour une relance des agricultures dans les PED.


Zones d’ombre et oppositions

Toutefois, l’absence de document de travail n’a pas permis de dissiper le flou sur ce partenariat, ni sur sa finalité ni sur son processus de construction. Si certains participants du Sud ont exprimé de l’intérêt, beaucoup ont fait part de leurs interrogations, voire de leurs réserves sur cette proposition affaiblie par ses contours incertains. Parmi les opposants, Jacques Diouf s’est exprimé pour un « partenariat » dans le cadre du Comité sécurité alimentaire de la FAO rénové et renforcé. La présidence argentine du G77 a également plaidé pour le respect de la gouvernance des institutions internationales compétentes (un pays, une voix), en réponse à une initiative estampillée G8. Le délégué de Via campesina, rejoint par certaines ONG, a quant à lui contesté l’ouverture aux firmes agro-industrielles. De fait, en l’absence de consensus sur la valeur ajoutée du partenariat mondial, le calendrier de mise en œuvre n’a pas été discuté. Néanmoins, le principe semble acquis. Le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki Moon a finalement, lors du discours de clôture, chargé David Nabarro d’ouvrir un processus de « consultation ». L’adhésion des pays du Sud sera déterminante pour la suite.

Toutefois, au-delà du partenariat, on peut noter le peu d’écho qu’ont trouvés les propos d’Olivier de Schutter. Les débats se sont généralement limités à des aspects techniques (semences, engrais...) ou financiers, avec très peu de réflexion sur les facteurs structurels de la faim et le besoin de cohérence des politiques. Il appartient aux organisations de la société civile d’élever le débat…


Ambroise Mazal


Article extrait des "Nouvelles de Sud" - n° 135 janvier-février 2009
source : http://www.coordinationsud.org/spip.php?article13270


walf.sn - Sécurité alimentaire

Les rideaux sont tombés hier sur la rencontre internationale traitant de la sécurité alimentaire depuis avant-hier à Madrid avec la participation des représentants de 95 pays. Selon le directeur général de la Fao, Jacques Diouf, la situation alimentaire mondiale risque de s'aggraver en conséquence de la crise financière et de la baisse des prix agricoles



walf.sn - Sécurité alimentaire
La situation alimentaire mondiale en général et dans les pays en développement en particulier risque d'empirer, d’après le directeur général de l’agence de l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture (Fao). ‘La crise alimentaire reste d'actualité et risque de s'aggraver’, a souligné Jacques Diouf, à l'ouverture avant-hier d'une réunion de ‘haut niveau’ organisée à Madrid sous l'égide de l'Onu sur la sécurité alimentaire mondiale. Selon lui, ‘la contraction des prix agricoles, observée ces derniers mois, et l'incertitude financière risquent de ralentir les investissements des agriculteurs et impliquer une importante réduction de la production en 2009/2010’. Et une responsable de la Banque mondiale (Bm) a abondé dans le même sens, en notant que les prix de l’alimentation, combinés avec l’impact de la crise financière, ne font qu’aggraver les difficultés du monde en développement. ‘Nous nous attendons à ce que la grande volatilité des prix se poursuive, et que les pauvres soient les plus durement touchés, puisqu’ils consacrent la moitié de leurs revenus à l’alimentation’, a prédit Mme Ngozi Okonjo-Iweala.
Jacques Diouf a rappelé que la production de céréales a progressé en 2008, mais cette progression est essentiellement le fait des pays développés et le nombre de personnes souffrant de la faim a progressé l'an passé, totalisant près d'un milliard d'individus. Selon le directeur général de la Fao, les Etats-Unis sont favorables à ‘un nouveau partenariat’ avec les autres pays, l’Onu et les Ong pour combattre la faim dans le monde. ‘L’insécurité alimentaire et les prix alimentaires élevés menacent la prospérité et la sécurité de beaucoup de pays en développement’, a affirmé, selon Jacques Diouf, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton.

Au terme hier de la réunion de deux jours à Madrid, les représentants de 95 pays se sont mis d’accord sur la concrétisation des engagements pris en juin 2008, lors du sommet de la Fao à Rome. A cette occasion, les pays membres de cette agence de l'Organisation des Nations-Unies s'étaient engagés à réduire de moitié d'ici 2015 le nombre de personnes souffrant de la faim. Seulement, ils n'avaient accompagné leur promesse que d'engagements financiers limités.


http://www.walf.sn/economique/suite.php?rub=3&id_art=52597
, Chargé de plaidoyer « souveraineté alimentaire » au CCFD-Terre solidaire ; a.mazal(AT)cfd.asso.fr Le CCFD est membre de la Commission Agriculture et Alimentation de Coordination SUD et représentait, à ce titre, la coordination nationale des ONG françaises à Madrid, les 26 et 27 janvier.

Rédigé par kak94

Publié dans #environnement

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