Opération « main propre »

Publié le 14 Septembre 2008

Entreprise \ Ressources humaines \ Conditions de travail

Cacao : un secteur en marche vers la RSE

La filière cacao ouvre les yeux sur les pratiques des pays producteurs. Travail des enfants, expositions dangereuses aux pesticides, conditions de vie des fermiers : les industriels, aux côtés d’ONG et des institutions locales, s’engagent à dresser un état des lieux du secteur. 50 % des régions productrices viennent d’être passées au crible.

Le secteur du cacao scrute les conditions de travail des fermiers dans les plantations d’Afrique de l’Ouest. Et en particulier, le traitement appliqué aux enfants. Depuis le tollé soulevé en 2001 par les sénateurs américains Harkin et Engel, et le protocole éponyme qui en a résulté, l’industrie du chocolat semble déterminée à affronter les enjeux sociaux qui se cachent derrière sa matière première. Signé conjointement avec neuf états d’Afrique de l’Ouest, dont le Ghana et la Côte d’Ivoire, responsables de près de 60% de la production mondiale de cacao, le protocole visait notamment à  éliminer l’esclavage des enfants dans les plantations, et à mettre fin aux pires formes de travail des enfants dans la filière. Pour se faire, il engageait à établir une certification de la moitié des régions productrices avant la fin 2005. Les conflits à répétitions en Côte d’Ivoire ont repoussé l’échéance à juillet 2008, qui cette fois-ci, a été tenue. Mais ne nous y trompons pas, « certification » s’emploie ici dans un sens bien particulier, loin de celui qu’on assimile à la création de labels. Pascal Tanchoux, directeur de la communication de Kraft France insiste sur ce point. « Il s’agit en réalité de se faire une idée précise de la situation sur place, par le biais de données fiables, vérifiées par des organismes indépendants. En gros, nous voulons faire l’état des lieux de la chaîne de production, avoir une meilleure visibilité sur le process. Ce n’est qu’un premier pas, mais il est prometteur. » La grande problématique de la filière cacao en Afrique est effectivement le manque de traçabilité. Ce qui explique notamment que des labels tels que Max Havelaar travaillent très peu avec la Côte d’Ivoire. Sur les deux millions de fermiers d’Afrique de l’Ouest, à peine 10% se sont constitués en coopérative. La production est donc éparse, et le nombre d’intermédiaires avant l’achat par les industriels est considérable. A cela s’ajoute un recours systématique au travail des enfants. D’après l’Organisation internationale du travail (OIT), 284 000 enfants travaillaient dans les plantations d’Afrique de l’Ouest en 2002.

Opération « main propre »

Bien décidée à soutenir une « restructuration complète du secteur du cacao » en Côte d’Ivoire, la vice présidente de la Banque Mondiale pour l’Afrique, Mme Obiagele Ezekwesili, a félicité samedi 6 septembre les autorités ivoiriennes pour leur lutte contre la corruption et les détournements de fonds. Depuis le début de l’été 2008, plusieurs dirigeants de la filière ont en effet été arrêtés, soupçonnés de malversation. Mme Obiagele Ezekwesili a profité de son allocution pour engager le gouvernement ivoirien à garantir « des élections crédibles et transparentes », le mandat du président Gbagbo prenant fin le 30 octobre prochain.


Le Ghana et la Côte d’Ivoire en « emploient » 200 000, dont environ 12 000 issus de la traite organisée dans les pays voisins. Pascal Tanchoux souligne néanmoins deux cas à distinguer : « Il faut faire attention à ne pas plaquer des schémas occidentaux-centrés sur des pays qui n’ont pas du tout la même culture. En Afrique de l’Ouest, il existe une grande tradition locale du cacao, et donc, de nombreux enfants travaillent dans les fermes familiales, dans des conditions correctes. Par contre, il existe aussi un réel trafic d’enfants, à qui l’on donne des machettes pour travailler dans des champs bourrés de pesticides. »

 

Des partenariats ONG-entreprise-institutions

Parmi les closes du protocole Harkin-Engel, figurait également la création d’un organisme indépendant, destiné à concrétiser les partenariats entre industriels, ONG et autorités locales. L’International cocoa initiative (ICI) a donc vu le jour en 2002, avec pour objectif de soutenir des projets communautaires, locaux et gouvernementaux. Depuis, l’ICI travaille avec 252 communautés de planteurs, notamment à trouver des alternatives au travail des enfants. « C’est toujours la communauté qui décide elle-même de son plan d’action ». Pour Muriel Guigne, porte parole de l’ICI, «c’est la formation des personnes clés de la filière qui rendra efficace le travail de sensibilisation ». Rappelant que bien souvent, les planteurs sont analphabètes et ont une faible connaissance des risques liés, par exemple, aux pesticides, la jeune femme insiste sur la nécessité de former des leaders de coopératives. La collaboration avec les gouvernements locaux quant à elle, est efficace, malgré les tumultes récurrents. Là encore, il est question de sensibilisation et de formation.

De son côté, la World cocoa foundation, partenariat d’une soixantaine d’entreprises du secteur, soutient des programmes pour une pratique durable de l’agriculture, auprès de 60 000 fermiers ghanéens et ivoiriens. Depuis 2002, le revenu net des agriculteurs concernés aurait ainsi augmenté de 20 à 50%. Cette prise de conscience ne semble donc pas être une énième stratégie markéting visant à redorer le blason des industriels. La responsabilité sociale de l’entreprise a trouvé, avec le marché du cacao, un secteur entier à conquérir.

Rédigé par kak94

Publié dans #observatoirecitoyen

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