Subprime : la crise d'installe en France dans le silence.

Publié le 19 Août 2008

Baverez pérore, Fillon s'exécute...

Réunion d'urgence à Matignon lundi 18 août : face à la crise, il est urgent de ne rien faire et de souffrir en silence. Telle est la principale médication prônée par tous les peine-à-jouir de la pensée économique.



François Fillon : surtout, ne pas bouger... World economic forum - flickr - cc -
François Fillon : surtout, ne pas bouger... World economic forum - flickr - cc -
Rassurons nous : en 2008-2009, la politique sera le même spectacle dérisoire, voire désopilant que l'an passé. Résumons la séquence. Entre torpeur estivale, JO et crise russo-géorgienne, un seul sujet émerge dans l'actualité : la crise économique et la baisse du pouvoir d'achat. Le Président en profite pour présider, c'est à dire s'occuper de politique étrangère. Et voilà que tombe la nouvelle : François Fillon réunit ses ministres sitôt connu le mauvais chiffre de la croissance du deuxième trimestre, à savoir un recul de -0,3% du PNB au deuxième semestre, une médiocre performance que nous n'avons pas connue depuis 1993. Le spectre de la stagflation, qui combine inflation et faible croissance, voire de la récession, se profile.
Dès l'annonce de cette réunion pour « faire quelque chose », tous les peine-à-jouir de l'économie s'écrient, à la manière du
bon docteur Baverez : Non, surtout, ne faites rien, ne prenez aucune mesure ! L'économie a besoin d'une purge ! Il ne faut rien dépenser ! La France est trop endettée ! Surtout pas de baladurette ni de jupette. On se souvient qu'Edouard Balladur en 1994 et Alain Juppé en 1996 avaient adopté des plans de relance fondés sur des mesures sectorielles.

Fillon, perroquet des commissaires européens
Pour autant le diagnostic de ce dîneur du Fouquet's est très lucide : «Pour l'économie française, écrit-il dans Le Monde, 2008 et 2009 se présentent comme les années de tous les dangers. Avec pour perspective une croissance de 1,5 % en 2008 et 1,2 % en 2009, une inflation de l'ordre de 3,5 %, un chômage en hausse, un double déficit commercial autour de 50 milliards d'euros et public autour de 3 % du PIB. » Mais pour le publiciste du Point, le plus talentueux de nos catastrophistes professionnels, il convient de laisser le marché
corriger ses propres errements. La crise des subprime ? Laissons les prix s'effondrer, ce qui conduira les ménages à prendre conscience de leur appauvrissement ! Les salaires baissent ? Formidable, les Français s'adaptent, réduisant leur train de vie, rognant sur leurs vacances. Le pétrole s'envole ? Vous n'avez qu'à reprendre votre vélo à la cave, c'est bon pour la santé ! Nos jeunes ne trouvent pas de boulot décent ? Ils n'ont qu'à se partir bosser ailleurs !

Moins emphatiques, les journalistes économiques embrayent tous néanmoins, qu'ils soient de gauche, de droite, du Point ou du Nouvel Obs : la France n'a aucune marge de manoeuvre, Nicolas Sarkozy ayant dépensé 13,5 milliards pour son paquet fiscal de bienvenue à l'Elysée. François Fillon lui-même a manifesté le même conformisme auquel il reste fidèle depuis des années. En bon perroquet des commissaires européens, il a déclaré qu'il n'y aura pas de plan de relance. Pourquoi alors, se réunir en urgence ? Pourquoi faire semblant de gouverner puisque gouverner, c'est décider de ne rien faire ! Serrons les fesses, ne bougeons plus, voilà aujourd'hui la seule politique possible.

Et surtout oublions deux choses :
1) Il est vrai que les principes de fonctionnement de l'Union européenne ont coupé les mains des gouvernants, qui ne peuvent plus utiliser l'arme budgétaire ni l'arme monétaire pour relancer la machine productive. Mais l'impuissance qu'ils se plaisent à prôner avec un masochisme hypocrite (on n'a pas vu beaucoup de patrons ou de stars des médias se serrer la ceinture ces derniers temps) est avant tout le résultat de la pensée unique qu'ils ont imposée voici quinze ans.

2) La purge prônée par Baverez et tous les peine-à-jouir de la pensée économique découle de la stratégie économique qui a mené le monde là où il en est, une société en proie aux convulsions fréquentes provoquées par la succession des bulles : bulle internet en 2001, bulle telecom en 2003, bulle immobilière en 2005, bulle alimentaire en 2007, etc. La croissance recherchée est fondée exclusivement sur les performances extérieures des économies nationales, qui jouent les profits contre les salaires. Il serait grand temps d'en tirer le bilan : l'adaptation au libre-échangisme dominant est une impasse.

Or, pour commencer à remettre l'économie sur ses pieds, le niveau européen convient aujourd'hui mieux que le niveau national, compte tenu du degré d'intrication des économies du vieux continent. Recentré autour du plus grand marché du monde (350 millions de consommateurs), l'Europe aurait tout à fait les moyens de
protéger ses peuples d'une récession qui va être stimulée par la bulle chinoise. Il faudrait pour cela mener une politique industrielle européenne et adopter des mesures drastiques contre le dumping social et le développement anarchique - et si peu écologique - des échanges. Toutes choses rendues difficiles par le néolibéralisme revendiqué des élites européennes.

A l'issue de sa réunion de Matignon, François Fillon a botté en touches en suggérant un plan européen de lutte contre la crise. Encore ne s'agit-il sans doute que d'un recours à l'emprunt pour relancer l'investissement,
comme le prône l'économiste Christian de Boissieu. La suggestion de Flillon est cependant un piège redoutable qui met Sarkozy au pied du mur : le président volontariste parviendra-t-il à convaincre l'Allemagne et les autres pays européens de recourir à des techniques keynésiennes auxquelles ils ont toujours tourné le dos ? C'est à ce prix que le volontarisme présidentiel sera autre chose qu'une posture de campagne.

Rédigé par kak94

Publié dans #Société

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