Fait rare en Afrique, les défenseurs des droits de l’homme sont puissants, actifs et reconnus au Maroc, qui, après des « années de plomb » sous le règne
de Hassan II, a enregistré de très nets progrès n’excluant pas les mises en garde « contre un retour en arrière ».
Le royaume ne compte pas moins de quatre organisations de défense des droits de l’homme indépendantes et actives, un Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH, public), plus un vaste tissu
associatif qui se bat pour les droits des femmes, le droit à l’éducation, au travail, à la santé.
« C’est vrai qu’au Maroc, le débat sur les droits de l’homme est plus vif et plus ancien qu’ailleurs », explique à l’AFP Ahmad Herzenni, président du CCDH, qui a lui-même passé douze
ans de sa vie en prison, de 1972 à 1984, pour appartenance à un parti d’extrême gauche. « Cela tient au fait que le Maroc se distingue d’autres pays du même type, car il a toujours connu une
vie politique plus intense », ajoute-t-il.
Le mouvement marocain des droits de l’homme est issu des partis de gauche et d’extrême gauche victimes dans les années 1970 et 80 d’une répression acharnée des forces de sécurité du roi
Hassan II, qui, après ces « années de plomb », a lui-même décidé de créer le CCDH pour redorer le blason de son régime.
Ayant pour objectif d’inculquer une culture des droits de l’homme dans l’ensemble de la société marocaine, le CCDH a également été chargé de veiller à l’application des recommandations de
l’Instance équité et réconciliation (IER), une « commission vérité » mise en place par le roi Mohammad VI en 2003 pour faire la lumière sur les atteintes graves aux droits de
l’homme des années 1960-1999.
Si quelque 12 000 personnes victimes de la répression ont été indemnisées par l’État marocain, ses détracteurs reprochent à l’IER de ne pas avoir désigné les responsables de cette répression
qui n’ont jamais été poursuivis.
« Il valait mieux obtenir un changement de style de gouvernement que de poursuivre des individus », affirme M. Herzenni. C’est selon lui chose faite : « Le Maroc a évolué de
manière considérable, il faut rester vigilant, mais pour l’essentiel on ne peut plus craindre de violations systématiques et massives des droits de l’homme. »
Khadija Ryadi, présidente de la plus ancienne des organisations, l’Association marocaine des droits humains (AMDH), créée en 1979, veut bien admettre qu’il y a eu « des avancées dans le
respect des droits de l’homme ». Mais, ajoute-t-elle aussitôt, « un retour en arrière est possible, car il n’y a pas de garantie constitutionnelle ». Elle juge
« impérative » une réforme de la Constitution garantissant la séparation des pouvoirs, le roi concentrant « toutes les prérogatives entre ses mains ». « Il n’y a pas
d’État de droit au Maroc », affirme Khadija Ryadi. Elle en veut pour preuve « la lutte contre le terrorisme » islamique, qui donne lieu à « un retour de violations graves des
droits de l’homme, au recours très net à la torture, aux séquestrations ». « Il y a une impunité totale, affirme Mme Ryadi, car les responsables de la répression des années 70 sont
toujours là . »
Pour elle « le baromètre », c’est « l’affaire Ben Barka », du nom de l’opposant marocain Medhi Ben Barka, enlevé en plein cœur de Paris en 1965 et dont on n’a jamais retrouvé
le corps. Cinq mandats d’arrêt internationaux visant des Marocains ont été délivrés en 2007 par un juge français, mais, affirme Khadija Ryadi, « l’État marocain, impliqué à fond, bloque, car
il n’y a pas de volonté politique d’avancer ».

