L’armée marocaine noie une trentaine d’immigrants.

Publié le 13 Mai 2008

Les clandestins subsahariens tentaient de rejoindre l’Espagne

Effroyable, le mot est faible pour nommer cet acte d’une rare cruauté commis par l’équipage d’un navire de la marine marocaine le 28 avril dernier qui a fait noyer une trentaine d’immigrants subsahariens dont 4 enfants au large d’El Hoceima au nord-est du Maroc.



Cette information rapportée par le quotidien espagnol El Pais et confirmée par une ONG marocaine met à nu une réaction d’une rare violence de la part de soldats marocains qui ont délibérément fait couler un canot pneumatique à bord duquel 70 immigrants tentaient de faire la traversée vers l’Espagne. Se basant sur des témoignages de rescapés maliens et nigérians, le journaliste d ’El Pais rapporte que l’embarcation de fortune a été crevée à coups de couteau par les soldats du royaume alaouite. « Deux heures après le début de la traversée, un navire de la marine marocaine s’est approché et a mis à l’eau une embarcation rapide qui s’est mise contre le canot des clandestins. Un des soldats a enfoncé légèrement un couteau dans le caoutchouc et nous a dit maintenant allez vers l’Espagne si vous voulez », confie à El Pais, Campos, un des survivants de cette attaque dénuée d’humanisme et défiant toute légalité. « Nous avons essayé de mettre une rustine et nous avancions difficilement, mais je crois que nous y serions arrivés s’ils n’étaient pas revenus », rétorque Erik, un pêcheur nigérian de 31 ans, dont la femme et la fille de 3 ans ont péri noyées.

« Un des soldats a enfoncé légèrement un couteau dans le caoutchouc et nous a dit maintenant allez vers l’Espagne si vous voulez. »

Revenant à la charge, les soldats marocains avaient décidé d’aller jusqu’au bout de leur forfait. « Un soldat a commencé à nous menacer avec un couteau attaché à un bâton. Nous leur demandions qu’ils nous ramènent avec eux vers le Maroc parce qu’avec le canot dans cet état, il nous était presque impossible de continuer. Nous les supplions qu’ils regardent nos enfants et nos bébés », témoigne encore Campos. Les yeux éplorés et innocents des enfants n’ont eu aucun effet sur le gradé marocain qui « a pris le couteau des mains du soldat et a donné quatre coups en différents endroits du canot, qui a coulé en quelques secondes. Tout le monde s’est mis à crier et à pleurer », rapporte El Pais. Une autre vedette marocaine est venue après secourir les naufragés, alors que rapportent des témoins, « les soldats se disputaient sur la première vedette ». Le Maroc a voulu étouffer cette tragédie en transportant les survivants près des frontières algériennes. « Les survivants ont été transportés rapidement par les militaires marocains à Oujda, près de la frontière algérienne, dans l’intention de les obliger à rentrer en Algérie, comme ils l’ont déjà fait avec des milliers d’immigrants subsahariens », précise El Pais.

Par Nadjia Bouaricha

Légende : Photo de Juan Medina, Grand Prix 2005 Care International du reportage humanitaire dans le cadre du Visa pour l’image de Perpignan

source : http://www.afrik.com/article14250.html

Rédigé par kak94

Publié dans #observatoirecitoyen

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