AFRIQUE :Des réserves de pétrole huilent les rouages de la corruption

Publié le 18 Janvier 2008






AFRIQUE :
Des réserves de pétrole huilent les rouages de la corruption
Moyiga Nduru

JOHANNESBURG, 3 oct (IPS) - La corruption est en train de coûter à l'industrie pétrolière de l'Afrique des milliards de dollars par an, déclare Peter Eigen, fondateur et président de Transparency International (TI) -un groupe non gouvernemental basé à Berlin qui contrôle et lutte contre les malversations.

Il a fait ce commentaire devant des journalistes vendredi (30 septembre) à une rencontre organisée par TI Afrique du Sud dans la capitale économique, Johannesburg.

Eigen était dans le pays pour prendre part au 18ème Congrès mondial sur le pétrole, une rencontre de cinq jours tenue à Johannesburg, qui a attiré plus de 4.000 délégués.

L'Angola, le Tchad, la Libye, le Nigeria et le Soudan, riches en pétrole, ont été tous mal classés sur l'Indice de perceptions de la corruption de TI pour 2004. Cette évaluation annuelle classe différents Etats en fonction de l'ampleur à laquelle des gens croient que la corruption s'y est installée.

Dans ces pays, les contrats publics dans le secteur pétrolier sont minés par des recettes disparaissant dans les poches d'autorités locales, d'intermédiaires et de cadres de sociétés pétrolières étrangères, affirme TI. ''Le secteur est en proie à la corruption, à l'absence de transparence et à la mauvaise gestion, en particulier dans des pays en transition et dans des économies d'après-guerre'', a noté le groupe dans un communiqué publié la semaine dernière.

Eigen a ajouté que ''les pays producteurs de pétrole font partie des plus corrompus et des plus misérables au monde''.

Il a choisi l'exemple de la Guinée Equatoriale, qui a commencé par exporter du pétrole en 1991, pour des critiques particulières.

''La Guinée Equatoriale, avec une population d'environ 521.000 habitants devrait être le plus riche avec tout le monde conduisant une Mercedes'', a noté Eigen. Mais les autorités dans ce pays d'Afrique de l'ouest -- avec des réserves pétrolières estimées à 1,28 milliard de barils -- sont corrompues, a-t-il déclaré.

Des allégations similaires de corruption minent le Nigeria, où feu le dictateur Sani Abacha aurait volé 2,2 milliards de dollars entre 1993 et 1998.

Une partie de cet argent était déposée dans des banques en Suisse, qui a retourné 290 millions de dollars des fonds pillés au Nigeria. Cent soixante huit autres millions de dollars devraient être transférés dans les mois à venir.

Les autorités suisses avaient voulu que la Banque mondiale surveille les fonds rapatriés, pour s'assurer qu'ils ne seront pas à nouveau détournés par des responsables corrompus -- suggérant même que l'argent aille directement vers des projets d'éducation, de santé et d'infrastructure.

Si la banque a refusé de faire cela, il est clair que l'argent du pétrole n'est pas arrivé aux citoyens ordinaires du Nigeria. Comme l'a fait remarquer Eigen, les populations Ogoni dans le delta du Niger, où est produite la majeure partie du pétrole du Nigeria, vivent dans une pauvreté abjecte.

Pour combattre la corruption, le Nigeria envisage d'ouvrir son industrie pétrolière à un examen plus rigoureux. Le ministre du Pétrole et de l'Energie du pays, Edmund Doukoru, a indiqué au Congrès mondial sur le pétrole que son pays mettrait l'information liée au pétrole à la disposition du public.

Au Soudan, des parallèles sont en train d'apparaître entre les Nuers du pays, qui habitent les vastes champs pétrolifères dans le sud, et les Ogoni. Des appels ont été lancés pour que des responsables Nuer démissionnent du gouvernement d'union nationale qui a été mis en place pour diriger le Soudan, afin de protester contre le fait qu'aucun poste ministériel ne leur a été attribué.

''C'est un fait incontesté que 80 pour cent du pétrole soudanais se trouve dans le Nuerland. La marginalisation des Nuers est un acte délibéré pour empêcher les politiciens Nuer de participer aux décisions qui sont liées au partage des richesses pétrolières'', a affirmé l'Union de la communauté Nuer en Amérique du Nord dans un communiqué, le 24 septembre.

''Kiir et Béchir sont maintenant décidés (à traiter) les Nuer comme les Ogoni du Nigeria dont le pétrole est pillé alors qu'ils vivent dans une extrême pauvreté'', a ajouté le communiqué, en référence au vice-président Salva Kiir (précédemment un chef rebelle) et le président Omar el Béchir.

Le gouvernement du Soudan, qui a signé un accord de paix avec les rebelles sudistes en janvier, a pris le contrôle des importants ministères de l'Energie et des Finances.

Comme avec le Nigeria, les recettes pétrolières de l'Angola sont également enveloppées de secret. ''Le gouvernement pouvait faire n'importe quoi avec l'argent : acheter des armes, recruter des mercenaires ou le voler'', a déclaré Eigen.

Toutefois, Francisco da Cruz de la 'British Petroleum company' (Compagnie pétrolière de la Grande-Bretagne) a dit à la rencontre de Johannesburg qu'un changement était également envisagé en Angola.

''Dans le passé, le gouvernement n'avait pas été transparent pour des raisons de sécurité. Mais depuis l'année dernière, le budget devient peu à peu transparent. Nous pensons que c'est une très bonne chose'', a-t-il souligné.

Cruz, qui est angolais, a demandé plus de tact dans la lutte contre la corruption parmi les responsables africains.

''La meilleure manière est de les influencer en ayant une discussion positive dans un environnement contrôléàL'affrontement ne sert à rien'', a-t-il indiqué.

''Il y a des gens dans des gouvernements en Afrique qui désirent le changement. La nouvelle génération de dirigeants africains veut que les choses changent'', a ajouté Cruz. ''Pour les vieux de la vieille qui sont opposés aux changements, la nature s'occupera d'eux. Certains d'entre eux ne peuvent même pas prendre part au travail de bureau de neuf heures à cinq heures de l'après-midi''. (FIN/2005)

source : http://ipsnews.net/fr/_note.asp?idnews=2816

Rédigé par kak94

Publié dans #Société

Repost 0
Commenter cet article