Ces jeunes '' va-t-au suicide ! ''

Publié le 5 Décembre 2007

Harragas
Ces jeunes '' va-t-au suicide ! ''
Il ne se passe pratiquement pas un jour sans que l'on entende parler du phénomène des harragas qui prend de plus en plus d’ampleur dans notre pays. Ce sont des dizaines, voire des centaines qui ont été interceptés mer avant d’arriver à leur destination.
Ces jeunes-là, sans visa ni passeport : les harragas sont obnubilés par l'idée d'atteindre l'autre rive, en affrontant la mer avec tous ses risques. En hiver comme en été, ces jeunes attendent le bon moment, la moindre baisse de vigilance chez les gardiens des côtes pour prendre la mer via les côtes espagnoles ou italiennes, ou vers la France et la Bretagne, là- bas où ils croient trouver une vie meilleure.
 
Qui sont-ils?
" Vaut mieux être dévoré par les poissons que par les vers de terre", telle est la formule usitée répétée dans le milieu des harragas, qui sont prêts à tout dans l'espoir d'arriver en Europe. Ils ont entre 18 ans et 40 ans, célibataires et chômeurs, tels sont les principales caractéristiques d'un jeune harraga. L'immigration clandestine ne touche pas seulement les jeunes chômeurs en quête d'un boulot dans les pays européens mais également des fonctionnaires, des étudiants, des commerçants, des femmes et des handicapés, issus peut-être de familles en difficulté : on peut dire que la catégorie la plus concernée par ce phénomène reste la classe moyenne. 
Ces jeunes en détresse, tentent d’atteindre leur destination, en prenant le départ par l'Est du pays, d’atteindre la Sardaigne en Italie, ou par l'Ouest proche les côtes espagnoles (Almeria). Il est recensé 64 sites sur le littoral comme points d'embarquement des harragas. 
Les passeurs programment leur voyage pendant la nuit. Ces jeunes sont équipés de peu de choses : boussoles, gilets de sauvetage, des vêtements pour résister et affronter le froid au large de la Méditerrané, une réserve d’eau, de la nourriture, et surtout beaucoup de patience sont les seuls bagages de ces jeunes désespérés.
Méthodes de la harga
L'un des méthodes utilisées par les harraga est celle de la tentative du voyage en clandestin à bord d’un navire. Cette dernière est reconnue par sa forte probabilité d'échec, du fait du contrôle de plus en plus sévère à l'intérieur des ports et à bord des bateaux de lignes régulières.
L'autre méthode, la plus utilisée, est celle dite "russe" : elle consiste tout simplement à se cacher dans des conteneurs à cargo. Une méthode à haut risque dans la mesure où la plu part de ces jeunes n'arrivent pas vivants à leur destination.
Ce n'est pas tout, le phénomène des harragas a amené des opérateurs, appelés les"passeurs", à développer un véritable secteur informel de transport maritime. Ces derniers doivent payer leurs billets à un prix variant entre 80 000 et 100 000 DA sur des embarcations à risque et sans aucune assurance, avec souvent au rendez-vous la mort au large de la Méditerrané.       
Peu importe le moyen, soit se cacher dans la salle des moteurs ou dans des conteneurs, soit dans les cales des bateaux…, même s'ils doivent engager leur vie, l'essentiel est d'atteindre leur but et trouver ce dont ils ont été privés dans leur pays.Une fois en mer, en plein large, les harragas prennent conscience du danger auquel ils sont exposés : les bouteilles jetées à la mer et contenant des lettres destinées à leurs familles indiquent bien la situation dans laquelle ils se trouvaient.
 
El-harga, sujet à débattre
Enfin, on a décidé de prendre en considération ce phénomène inquiétant car les différentes institutions de l'Etat sont toutes intervenues lors d'une rencontre-débat, première du genre consacrée au phénomène des "harraga" au mois de septembre dernier, organisée par le ministère de la Solidarité nationale. Cette rencontre a permis de dévoiler une situation dramatique et une réalité amère concernant les jeunes candidats à l'immigration clandestine, laquelle englobe le jeune chômeur, le fonctionnaire et l’étudiants…
Des chiffres ont été donnés lors de cette rencontre. En effet, près d'une vingtaine de harragas trouvent la mort chaque année au large des côtes algériennes avant d'atteindre leur destination. Au cours de ces trois dernières années, le bilan est le moins que l'on puisse le dire effrayant, car plus de 2 340 immigrants clandestins ont été secourus en pleine mer, 1 000 ont été sauvés d'une mort certaine. Ce bilan a été communiqué par le ministère de la Défense nationale lors de cette rencontre. Par ailleurs, environ 918 personnes ont été dénombrées cette année entre janvier et septembre 2007, et 761 ressortissants ont été rapatriés d'Espagne durant cette même période. Tous ces chiffres interpellant sur la nécessité de tirer la sonnette d'alarme afin de faire face à ce fléau en mettant sur place une stratégie de prise en charge de cette frange fragile de la société.
Dans ce même contexte, et lors de la même rencontre, il a été proposé par le ministre de la Solidarité, Djamel Ould Abbés, la création d'un observatoire méditerranéen pour la défense et la promotion des droits de l'Homme, comme il a souhaité à cette occasion le renforcement des capacités de détection, de démantèlement et d'arrestation des réseaux qui alimentent ces mouvements clandestins, insistant sur l'urgence d'identifier les causes poussant les jeunes à affronter la mer, et surtout de les prendre en charge en les aidant à une insertion sociale. Djamel Ould Abbés a proné également un plan de sensibilisation et d'information immédiat des jeunes et de leur entourage.         
Pour sa part, le représentant des affaires étrangères a révélé que l'Algérie a procédé à la signature de six accords de réadmission avec des pays européens entre 1994 et 2007, afin de rapatrier des ressortissants algériens en situation irrégulière.
 
Bouteflika tend la main aux jeunes
Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, n’est pas resté indifférent devant la question de l’immigration clandestine, laquelle touche de plus en plus nos jeunes. Lors de la conférence nationale gouvernement-walis autour de la politique nationale de la jeunesse, le Président a qualifié le phénomène des harragas de dramatique et qui illustre la gravité de la crise qui frappe la jeunesse dans le monde actuel, ce qui l’a amené a appeler à une prise en charge sérieuse de la jeunesse. Cette dernière constitue la seule solution pour faire face à ce fléau.
 
Deux jeunes harragas racontent leur més...aventure
" Peu importe le moyen ! Je n'hésiterai jamais à entreprendre de nouveau cette aventure, malgré mon premier échec. C'est bon ! Il n’y a plus rien à espérer dans ce pays".
Tels sont les propos d'un jeune hanté par le désir de traverser la Méditerranée dans l'espoir d'une vie meilleure. Il s'agit de Zohir, un jeune Algérois âgé de 28 ans, diplômé et travaillant dans une société à Oran en tant qu'opérateur. Ce dernier a accepté de bien vouloir apporter son témoignage sur sa mésaventure." Depuis deux ans, une seule idée me tournait dans ma têt : celle d’aller en Europe pour assurer mon avenir et pouvoir vivre en paix, et surtout venir en aide à la famille", a affirmé Zohir. Après plusieurs tentatives pour l'obtention d'un visa, " il ne me restait donc que la harga pour réaliser mes ambitions", indique- t-il, ajoutant qu'ils étaient trois Oranais et sept Algérois, à vouloir tenter leur chance. 
" J'ai tout fait pour rejoindre l'autre rive de la Méditerranée ; notre destination était le Maroc, plus exactement l'île de Mellila", avait indiqué Zohir.
Pour en savoir plus, Mellila est une ville autonome espagnole enclavée sur la côte nord-est du Rif oriental ; elle est considérée comme l'un des plus importants points d'embarquement des harragas.
Zohir n'a pas eu la chance de connaître cette ville.                             " Malheureusement, la chance n'était pas de notre côté, une fois qu'on a mis les pieds sur le sol de cette île, la police espagnole nous a arrêtés ; puis remis à la police marocaine ; là, on a été condamnés à un mois de prison puis relâchés à la frontière algéro-marocaine", lance-t-il d'un air attristé, ajoutant qu'" on a pris beaucoup de risques afin d'atteindre Maghnia et rentrer en Algérie".
"Pourrais-je tenter une autre fois ma chance?", c'est la question qui revient à chaque fois dans sa tête. " Ma vie est bousillée", avait indiqué Zohir, qui est à Alger depuis cinq mois, rentrant dans le cercle vicieux du chômage après avoir perdu son travail, mais ce dernier ne cache pas son envie de réessayer encore et encore :" Je tenterai ma chance à la moindre occasion qui se présentera devant moi…, qui ne tente rien n'a rien !", conclura Zohir.
Un autre témoignage s'ajoute à celui de Zohir. Il s'agit de celui de Samir, âgé de 24 ans, sans diplôme et sans travail, d’apparence désespéré, comme la plupart des jeunes de sa génération.
"Je veux partir !", c'est la phrase que Samir répète sans cesse, influencé par des jeunes de son quartier. Il a tout fait pour nous convaincre de ce qui lui a toujours tourné la tête : l'idée de partir à l'étranger et peut importe le moyen. Vendant des cigarettes dans un vieux quartier à Alger, les ambitions de Samir se limitent à atteindre l'autre rive de la Méditerranée. Citant des exemples dont il affirme que l'une de ses connaissances aurait embarqué dans un conteneur.
" Il s'est aujourd'hui installé en Espagne, il travaille et a même envoyé de l'argent à sa famille. Pourquoi pas moi?" assurait-il. C'était en avril 2005. Samir décide enfin de franchir le pas en ayant recours aux services des passeurs, en contre- partie d'une forte somme d'argent estimée est 100 000 dinars, coup réussi pour lui, il est parvenu enfin à rejoindre la France, sans papiers et n’y est demeuré que six mois.  Malheureusement il a été arrêté et a fait l'objet d'une expulsion.
Depuis, Samir se trouve dans un état de déprime car il n'arrive toujours pas à accepter son échec.
Plusieurs autres cas, soient des centaines de jeunes et même de jeunes filles, qui veulent quitter leur pays et partir à tout prix, recherchant plus de liberté, plus d'égalité de chances, plus d'opportunités et surtout fuir la pauvreté, le mal-vivre, le sentiment d'exclusion, le manque de perspectives d'amélioration des conditions de vie et le désespoir qu'ils ressentent dans leur pays où il pensent n’avoir aucun avenir.
 

Rédigé par kak94

Publié dans #Société

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