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Texte Libre

Contexte de la Colombie aujourd'hui :

Le nouveau président de la Colombie a dés sa nomination déclarée un état de "commotion intérieure". Uribe a tout de suite envoyé un pouvoir militaire remplacer le gouvernement local. Cette extension du pouvoir militaire est accompagnée de réformes économiques énergiques qui vont libérer des grandes parties du budget national pour le militaire (réduction de 30% des salaires de la fonction publique). Il veut créer un climat propice au développement de la zone de libre échange des Amériques (ZLEA) et protéger les gisements pétroliers. Car actuellement seul 20% des ressources sont exploitées.

Mais vouloir plus de pétrole c'est aussi débarrasser le territoire des insurgés armés, des indigènes et des paysans.

Mais les groupes guérilleros défient eux aussi l'industrie pétrolière (découragent les investissements, bombardent les canalisations, enlèvent les cadres et employés des sociétés pétrolières).

"La violence en Colombie a été historiquement concentrée dans les zones de grand développement économique" (Gonzalo Sanchez, avocat pour la paix et professeur).

Et le président Uribe, a saisi lui aussi au rebond, les évènements du 11 Septembre pour faire passer sa politique. Les FARC ont été cités par les USA sur la liste des terroristes à combattre.

 

 Depuis ces 20 dernières années la guérilla ne s'est pas attaquée au pouvoir. Elle a préféré récupérer la domination politique locale. Mais ses troupes grandissant (prés de 30 000 hommes aujourd'hui) elle pourrait changer ses objectifs.

Dotée et fortifiée d'un marché au noir international des armes, obtenu grâce à sa constance à répandre la terreur à des fins économiques. Aujourd'hui elle envahie aussi les marchés pétroliers, miniers et de l'or. Ses revenus sont de plus de 180 millions de USD par an (1,2 milliard de francs). La guérilla a fait de l'argent un moyen non une fin en soi.

Les FARC et ELN qui furent des mouvements de paysans à la recherche d'une idéologie, aujourd'hui ont une dynamique militaire et politique propres et autonomes.

La lutte pour la terre a été remplacée par l'influence et la domination territoriale. L'arme de la guérilla est la terreur des civils, la terreur des masses. Même si dans certains états elle est accueillie comme une réponse à l'insécurité, la justice, l’ordre et la carence de l'état. Il n'empêche que la guérilla est devenue terroriste (par sa recherche de domination par la terreur) " Tues en un et tu en terroriseras 1000 " dit un proverbe chinois.

En 2001, sur 1097 municipalités, 1000 étaient touchées par la violence. 200 municipalités étaient sous le contrôle total de la guérilla, 100 des paramilitaires. Dans 10% des municipalités, la police est absente, et dans 95% des "corregimientos" (villages distincts des chefs lieu).

Aujourd'hui la guérilla a cessé d'insister sur l'humanisation du conflit. Elle avait trop à perdre

(La prise d'otages et ses extorsions qui représentent plus de 60% de ses revenus). De plus, parce que tellement impliquée dans les trafics de drogue, elle a perdu toute légitimité face à n'importe quel état.

 

Aujourd’hui se joue aussi la question du temps.

Pour les FARC : d'origines rurales, elles font référence au temps des paysans, " le temps n'est pas une ressource, mais au contraire abondance et facile à obtenir"

Pour l'ELN, le temps a plus une connotation biblique, assurer le salut des pauvres, le temps est perçu en terme de générations pour l'accomplissement du destin.

Pour le gouvernement : le temps est celui des villes, court, précieux, le temps entre deux élections, quatre ans.

Pour la guérilla il vaut mieux continuer le combat que faire la paix. Alors que le gouvernement lui, veut la paix.

Donc c'est une véritable guerre des nerfs qui se joue.

Et les problèmes de la société colombienne, loin d'être résolus,  alimentent en permanence les troupes des guérillas.

 

Références historiques :

-         L'Etat inachevé, de Fernan Gonzalez et Fabio Zambrano

-         Simon Helweg- Larsen auteur indépendant sur amérique latine qui a vécu en Colombie.

-         Cent ans de violence en Colombie, de José Del Pozo, professeur d'histoire, UQAM.

-         "La Colombie entre guerre et paix" Eric Lair : chargé de cours à l'université de Bogota et chercheur à l'institut français.

-         Alfredo Rangel Suarez " guerre de fin de siècle".

 

II) Présentation des acteurs de violence en Colombie.

 

La Colombie a une population de plus de 41 millions d'habitants.

La superficie du pays est de 1 139 000 Km carrés.

La capitale est Bogotá

La population est composée de 72% de métisses

20% d'Européens

1,1% d'Amérindiens.

 

 

a)      La guérilla :

·        FARC : Crée en 1964, communiste, est composée aujourd'hui de 18 000 hommes. A obtenue  en 1998 une zone démilitarisée du gouvernement de 42 000 Km carrés, appelé "Zona del despejé". Les FARC mettent à sac les villages, kidnappe des personnes, taxent les personnes riches, les narco trafiquants (dans leur zone/ ou terres sous leur contrôle).

·        ELN : crée en 1965, inspirée de la révolution cubaine (Armée de Libération Nationale). A aussi demandée sa zone démilitarisée dans le Nord du pays. Pour l'obtenir a commis beaucoup d'attentats, a détruit plus de 300 pylônes en 1999, pour couper l'électricité et plonger la population dans la terreur.

 

La guérilla a elle seule est responsable de  22% des déplacés dans le pays.

Les 70% de kidnapping mondiaux sont effectués en Colombie et majoritairement par les guérillas. En 2001 il y a eu 3041 personnes kidnappées.

 

Les autres groupes qui ont déposé les armes pour la plupart sont :

·        EPL (maoïste) crée en 1963 et disparus en 1991.

·        M19 : crée en 1973 composée de la classe moyenne et des universitaires.

·        Groupe armé indien Quintin Lame crée en 1983.

 

Les groupes paramilitaires : souvent d'extrême droite, appelés les AUC, sont financés par l'oligarchie. Ils s'opposent à la guérilla avec qui ils se disputent les terres.

Ils recrutent beaucoup d'enfants aussi. Ils sont responsables de 50% des déplacements des populations.

 

L'oligarchie Colombienne : finance les groupes paramilitaires.

Les 25% les plus riches ont des revenus 30 fois > aux plus pauvres. La pauvreté représente 8,3 millions de personnes.

 

L'Armée : Très souvent spectateur, prend peu part aux conflits et est même infiltrée par des paramilitaires.

 

Les narco-traffiquants : sont responsable des déplacements de populations par le biais des groupes armés. Ils contrôlent prés de 3 à 5 millions d'hectares de la meilleure terre.


Auteur : Karima KOUIDRI Février 2003

 

III) Les déplacés

 

Les personnes déplacées ont toujours été au cœur des enjeux économiques. Depuis les Conquistadors aux narcotrafiquants. Les déplacements résultent de la violence liée au conflit, mais ils constituent aussi une stratégie de guerre délibérée que poursuivent les groupes armés pour s'assurer le contrôle d'une région.

 

Se sont aujourd'hui 2,7 millions de personnes qui sont déplacées à l'intérieur du pays. La Colombie se place ainsi au 3ème rang mondial (après le Soudan 4 millions et l’Angola entre 1,100 et 3,8 millions).

Mais il  y a aussi ceux qui quittent le pays. Ils ont été plus d'un million à émigrer depuis 1996.

La plupart partent pour le Venezuela (50 à 70 000) ou l'Equateur (30 000) puis USA et Europe. En 2001, le HCR a facilité le retour de 149 réfugiés colombiens qui étaient au Panama et Equateur.

 

La population des déplacés se caractérise par une proportion importante d'enfants et de femmes. 55% sont des enfants et les femmes seraient à la tête des 44% des familles déplacées.

Cette population est à majorité rurale, de faibles revenus et plus d'un tiers des déplacés sont des indigènes et  des afro colombiens (alors qu'ils ne représentent que 18% de la population).

50% des déplacés sont au chômage.

Seulement 34% ont accès aux soins.

Et 15% des enfants ont accès à l'école.

 

Jusqu'en 1999, la majorité des déplacements étaient individuels (plus de 57 000 familles).

Et 2000, a été l'année d'explosion, à tel point qu'il est très dur d'avoir des chiffres exacts cette année là. Le CICR dit avoir assisté 112 412 personnes, le CODHES 308 000 et l'organisme de Solidarité Sociale lui a recensé 125 000 déplacés. En 2000 les déplacements n'étaient plus individuels mais de groupe (+ de 5 personnes).

Et ce n'est que depuis 1999, que le gouvernement commence à s'intéresser aux déplacés. Il a accepté de venir en aide aux déplacés à partir de cette date, mais par pour ceux déplacés précédemment. Le CICR et le PAM sont les seuls à aller à la rencontre des déplacés avec les ONG qui tiennent le coup. 80% de l'aide apportée aux déplacés est réalisée grâce aux ONG.

Localiser les déplacés est une grande difficulté. Surtout pour les individuels, qui veulent rester dans l'anonymat.

  

Où sont ces déplacés ?

 

Trois zones principales sont repérables :

 

·        La zone d'Uraba (au nord-est, à la frontière avec le Panama)

 

Dans cette zone se sont principalement des communautés afro colombienne et indiennes, très organisées, liées à la terre.

 

·        Le Magdalena Medio (au centre de la Colombie)

 

Est la région qui concentre le plus de déplacés. La population est majoritairement blanche, métisse et indigène. C'est une zone riche en pétrole, commerces, productions agricoles et c'est aussi le berceau historique de la guérilla.

 

·        Les zones urbaines

 

Les déplacés individuels veulent se perdrent dans la masse et cherchent l'anonymat.

Pour ceux qui se perdent dans les grandes villes il y a peu d'espoir de retour. Ils s'installent dans des quartiers d'accueil aux périphéries des grandes villes. Et 60 à 70% des déplacés seraient réinstallés en zone urbaine.

 

Mais de façons plus précises les déplacements peuvent être répertoriés des manières suivantes :

 

·        Les déplacements internes dans un même territoire :

La stratégie consiste à ne pas abandonner les limites du territoire indigène (car terre ancestrale) Pour cela les indigènes essayent de se retirer dans les hauteurs des plateaux, dans des zones d'accès plus difficiles afin d'échapper aux groupes armés. C'est dans ce type de déplacement que les indigènes seront les moins traumatisés. Mais les indigènes ainsi réunis concentrent aussi leurs forces de résistances territoriales. L'histoire se répète comme du temps des conquistadors. Réunis, dans des lieux inaccessibles, exclus de l'histoire du pays mais vivants.

·        Les déplacements intra ethniques

En dehors de son propre territoire. Accueillis alors par d'autres indigènes qui offrent des "zones de réfugiés" Les accueillants déterminent avec les réfugiés les modalités d'accueil

(Temporaires ou définitives) et examinent leurs capacités d'intégration.

·        Les déplacements extraterritoriaux

Représente une des formes de déplacement forcé les plus problématiques pour les indigènes.

Rejoindre des municipalités, des villes intermédiaires ou grandes villes. Car cette solution leur offre peu de chance d'intégration économique, culturelle et sociale. De plus les retours seront plus difficiles et ils seront plus exposés à l'insécurité.

·        Les déplacements goutte à goutte

Dérivés d'actions violentes sélectives, particulièrement dans les communautés où la cohésion sociale n'est pas assurée.

·        Les déplacements simples désorganisés

Caractérisés  par des départs massifs de population indigène devant les agressions des groupes armés et qui génèrent la fragmentation sociopolitique et culturelle des communautés.

·        Les exodes organisés multiples (indigènes, colons, afro colombiens)

 

Les déplacés sont des personnes qui veulent rester "anonyme" et "silencieuse" et ces deux facteurs compliquent considérablement la tâche des personnes qui travaille aux repérages des facteurs et phénomènes qui ont conduit à ces situations.

De plus, quand un déplacé arrive dans une ville, il est porteur d'une mauvaise image. A travers lui, la population devine que des forces armées sont proches et donc devient porteur malgré lui "d'une image de terreur". Sans oublier que le déplacé sera traité comme un sous citoyen. Vivant non seulement à la périphérie des villes, mais en plus vivant dans une grande misère.

 

Les ONG, avec le CICR, et depuis 1999 avec la RED de SOLIDARIDAD (agence directement liée au président de la république), essayent de venir en aide aux déplacés. Mais le grand climat d'insécurité ne leurs facilite pas la tâche. Envisager un retour relève de la mission impossible. Mais les communautés ne se découragent pas. Beaucoup se sont organisées au fil des ans, en "organizacion de desplazados", plus ou moins structurées. Régulièrement elles organisent des marches dans les rues, des prises de bureaux (comme celui du CICR ou depuis deux ans celui de la Red de Solidaridad), ou alors sont invités à participer à des réunions ou des colloques. Les communautés les plus organisées ont traité directement avec le gouvernement leur retour à leurs terres d'origine. Pour elles, il est important de retrouver un lieu où le tissu social puisse se reconstruire ainsi que leur identité. Mais souvent, lorsque des retours ont lieu, le gouvernement n'étant pas en mesure d'assurer leur sécurité, elles doivent faire face à nouveau à leurs persécuteurs. Beaucoup de communautés ont fait le choix d'afficher une neutralité, avec une politique de non violence. Mais les guérillas et groupes paramilitaires ne cesse de commettre des meurtres à l'encontre des responsables indigènes. Conscient qu'ils pourraient représenter un danger s'ils arriveraient à organiser leur communauté et gérer la solidarité, pour recréer une cohésion sociale.

 

Soutenues par les ONG, organisations internationales et l'Eglise, les communautés  tentent de tenir au milieu des conflits. Des ONG comme MDM ont aidé prés de 14 000 paysans Afro Colombiens à retourner dans leur région. Empruntant des rivières pour rejoindre leur lieu de vie. Mais leur propre sécurité n'étant pas garantie, ils ont eu beaucoup de mal à accomplir cette tâche. La sécurité reste un problème majeur dans le cadre des retours organisés.

Le manque de transports aériens (peu de liaisons), les lieux escarpés (souvent besoins d'utiliser des embarcations et suivre le cours des rivières) et l'insécurité constante, explique pourquoi les organisations internationales ne peuvent aider à plus de retour de déplacés sans un vrai support du gouvernement et l’aide de l’armée.

 

IV)             La particularité des Afro Colombiens

 

Les Afro Colombiens sont d'une très forte tradition culturelle. Cette tradition lui a permis de développer des mécanismes d'auto guérison. Cette population n'aime pas être séparée surtout lorsqu'elle a subit des violences collectivement. En effet, les groupes armés, guidés par une idéologie assassine et tout à fait justifiable à leurs yeux, s'attaquent à des groupes qui ne partagent pas leur idéologie. Il s'agit alors de détruire les autres, déclarés comme ennemi et d'intérioriser chez les victimes un sentiment de responsabilité. « Qui n’est pas avec eux est contre eux, ils ne peuvent envisager la neutralité ».

 

Cette violence est interprétée par les Afro Colombiens comme un sentiment qui se traduit par : " Tu ne partages pas notre pensée, tu en souffriras", "ce qui t'arrive c'est de ta faute".

La violence politique crée aussi une souillure sur l'ensemble des personnes ayant une même appartenance. Les déplacements ont crée une nouvelle catégorie de personnes souillée " le déplacé" qui est implicitement assimilé au guérillero " le révolté" celui qui amène le désordre social, celui qui attire le mal, celui qui attire l'armée par son activité, celui qui est la cause de l'existence des paramilitaires etc.. La rumeur prend ici toute sa place quand il est question de se déplacer " ils vont venir ici aussi, ils ont brûlé des maisons, on m'a dit qu'on a égorgé quelqu'un".

Les déplacés sont dans un chaos affectif. Ils ont du mal à se reconnaître, eux-mêmes, leurs sentiments. " Souvent ils disent je ne suis plus le même qu'avant". Ils transportent aussi des sentiments de culpabilité " pour ne pas être mort à la place de… avoir regardé quelqu'un mourir sans pouvoir rien faire et avoir dû rester caché".

 

Les Afro Colombiens sont d'origine noire africaine, des bambaras, arrivés massivement en Colombie au 16éme siècle. Conduits de force sur le nouveau continent, n'ont survécu que les plus résistants à la maladie, à la faim. Ils ont ensuite vécu des siècles d'esclavage. Beaucoup se sont révoltés pour obtenir leur libération. "Révolte des cimarrones". Les Palenques sont les premiers a avoir fuit l'esclavage, rejoint par d'autres ensuite. Ils se sont alors organisés en communautés indépendantes et autonomes. Et elles ont toujours su maintenir ce principe de vie. Et c'est cette appartenance au groupe qui permet aujourd'hui aux Afro Colombien de faire face à la violence. C'est ce qui les différencie des autres populations. C'est dans l'effort que ce peuple a fait pour se libérer de l'esclavage qu'il va trouver aujourd'hui la force pour faire face à la violence et la condition de déplacé. En se rappelant la lutte de leurs ancêtres, en s’enracinant dans leur histoire, seule moyen de conserver une identité.

 

Sources : Médecins du Monde Colombie, CODHES Colombie, Fréderique Prunéra : IEP de Rennes "rôle du HCR et CICR" Rapport des ONG sur évaluation de l'action humanitaire Colombie. (Analp Active Learning Network on …).

 

V)                Aujourd'hui qui est qui ?

 

Dans ce contexte on peut se demander qui est la victime ? Le Tiers ? Le Persécuteur ?

La Puissance Tutélaire ?

Comme nous l'avons vu, la violence n'est pas un phénomène récent en Colombie. Il a accompagné toute son histoire.

Aujourd'hui la vie humaine n'a plus de valeur. Et la violence "ordinaire" se manifeste de quatre façons :

-         Violence contre soi-même : manque d'auto estime (absorption excessive d'alcool ou stupéfiants ou affirmation de soi de manière stupide et dangereuse).

-         Violence intrafamiliale : coups entre conjoints ou envers les enfants (menaces, pressions psychologiques, relations sexuelles incestueuses).

-         Violence dans les relations de voisinage : intolérance, non-respect de la propriété, invasion des terres à la campagne.

-         Violence au travail : menaces et pressions sur les employés, exploitation main d'œuvre.

Cet envahissement de tout le champ social par la violence amène une grande partie de la population Colombienne à se taire, à accepter n'importe quoi, par un réflexe de peur que les choses n'aillent plus loin.

Dans cette perspective, la situation actuelle est le résultat d'un long processus de construction de l'Etat et de la société, où les stratégies de la violence s'enchevêtrent et s'auto alimentent, au point qu'elle gagne tous les domaines de la vie privée et publique. La violence provient donc de la faiblesse de l'Etat à assurer la sécurité des citoyens. Pas d'appareil judiciaire efficace, perte du monopole d'usage de la force. Cela entraîne la société à ne pas adhérer à un Etat qui est perçu comme étant le défenseur des intérêts d'un groupe restreint et non de la nation tout entière. Mais la société elle-même, est tellement morcelée, fracturée en divers groupes, qu'il est difficile à l'Etat de représenter toutes ces catégories. Souvent les gens se réfugient dans des espaces intimes, au niveau local, familial ou ethnique. Et ces espaces deviennent des lieux d'exclusion, porteur d'intolérance envers l'extérieur et le différent.

La précarité de l'Etat et l'éclatement de la société civile, sont les deux facettes de la réalité colombienne aujourd'hui. Et cette société vit encore de nos jours sur l'articulation entre Etat et société qui se confrontent, dans une violence devenue insupportable pour beaucoup.

" Des forces anonymes et incontrôlables, qui s'affranchissent des déterminations sociales pour être prises en charge en quelque sorte, aléatoirement, par des entités sociales et les individus les plus divers" (Daniel Pécaud). Toutes les actions s'inscrivent donc dans un cadre

microsocial (bananeraie, quartier, ville champignon) et ballottent ainsi les individus d'une répression à l'autre. L'individu ne peut plus être. Il est en plus soumis à la loi du silence d'une part, ou à la dérision face à ces violences multiples.

 

La violence est un mode de fonctionnement en Colombie qui corrode les institutions

elles-mêmes, sans qu'aucune instance puisse s'imposer autrement que comme nouveau protagoniste dans une guerre de tous contre tous. Ce qui constitue la relation sociale en Colombie, c'est la relation que l'on va avoir au paramilitaire, à l'armée, à la guérilla, aux milices populaires ou aux narcotrafiquants.

 

VI) Le rôle des communautés de paix

 

Si les communautés de paix n'échappent pas à ce mode de fonctionnement (local, pouvoir, exclusion) elles ne pourront être acteur. Mais leur avenir est tout de même lié à celui de l'Etat. Sans un Etat fort, reconstruit, qui aura regagné la confiance de ses citoyens, il est fort à parier que les efforts des communautés de paix, à elles seules ne pourront suffire.

Ouvrir le conflit interne, porter les problèmes des déplacés, de la drogue, sur la scène internationale pourra aussi permettre de trouver d'autres issues.

 

VII Conclusion

Le sort des déplacés est :

Un, liée à la résolution du conflit interne

Deux: liée aussi à la politique que le gouvernement voudra bien mettre en place. Ce qui veut dire investir dans les retours des personnes déplacées, leur donner une identité civile et sociale leur permettre de retrouver un rôle social et surtout assurer leur sécurité.

Trois : faire de vrais efforts en vue de défendre les minorités et maintenir le respect des droits de l'homme.

Quatre : une fois revenues, ces personnes restent un présage de perturbations sociales.

Penser à reconstruire une société avec des personnes qui ont été si fortement stigmatisées, est vrai défi pour l'avenir de la Colombie. Surtout, vu le nombre d’enfants touchés par les déplacements et enrôlés dans les groupes armés.

De façon plus générale, le gouvernement Colombien devrait rechercher des perspectives de politiques claires en vue de lutter contre les multiples formes de violence de la société.

Réaliser des projets ambitieux de modernisation et de démocratisation, afin de désactiver les foyers séculaires de violence. Trouver des solutions à la corruption des milieux politiques.

Renforcer la légitimité et l'autorité de l'Etat, moderniser son fonctionnement : deux facteurs préalables à toute négociation de paix. Avec une plus grande indépendance par rapport aux partis et intérêts privés. Ne plus mettre l'Etat au service d'un individu. Mais récupérer le rôle de porte-parole des intérêts de la nation dans son ensemble.

Auteur : Karima KOUIDRI. Février 2003

 


D'AUTRES CHRONIQUES SUR LE JUSTE EMPLOI :
Enfants mineurs
Ouvriers saisonniers

Photo d'Adrian Lorsque vous prenez une pause café, pensez un peu à Adrian*. Comme d'autres enfants à Turrialba, l'une des principales régions de culture du café au Costa Rica, Adrian sait ramasser les cosses. Le café est à ce point un mode de vie que même les vacances scolaires sont prévues pour coincider avec la récolte.

Adrian, qui a six ans, et ses camarades de l'Ecole publique d'Aquiares font partie des 10 000 enfants et adolescents de Turrialba qui travaillent, avec leurs parents, dans les grandes plantations et sur les petites propriétés. « Je ramasse le café avec ma maman et mon papa. Je me lève à cinq heure et pars avec eux. Je préférerais aller à l'école parce que là bas, j'apprends beaucoup plus, » explique Adrian. Son amie Alba, également âgée de six ans, approuve. « Ramasser le café est plutôt ennuyant et puis je me fatigue et les serpents peuvent me mordre », dit-elle.

Ces jeunes enfants n'ont pas le choix. Ils travaillent pour gagner de l'argent qui leur permet d'acheter des jouets, des vêtements et des fournitures scolaires. « Je crois que si ces familles avaient plus de ressources, elles n'auraient pas recours au travail des enfants, » commente la maîtresse d'Adrian, Celia Barquero. Mais l'école dépend aussi de la récolte. « Chaque année, nous emmenons les enfants ramasser le café pendant trois jours, et avec ce que nous gagnons, nous pouvons acheter une télévision et un magnétoscope pour l'école, » explique-t-elle.

Les conditions sont encore plus terribles pour les travailleurs immigrés, dont beaucoup viennent du Nicaragua. Les grandes plantations logent les travailleurs dans des « baches » ou petits cabanons d'environ 11 mètres carrés, dans lesquels deux familles partagent une cuisine et une salle de bain. Joaquim Aguilar, membre de la Fondation nationale pour l'enfance de Turrialba, condamne les conditions de vie misérables des « baches », qui sont pour lui « une violation des droits de l'homme ».

Les enfants qui travaillent dans les plantations de café font face à de nombreux risques pour leur santé et leur sécurité. Ils souffrent de blessures et sont enclins à attraper des maladies respiratoires, dermatologiques et d'autres sortes de maladies dûes aux produits chimiques, aux pesticides et aux insectes porteurs de maladies. Au Guatemala et au Salvador, certaines plantations ont mis en place des écoles. Mais, dans la plupart des régions, les longues heures de travail, la nature saisonière de la production du café et l'absence d'écoles aux environs des plantations et des fermes rendent le suivi des cours impossible.

Comme dans de nombreuses autres régions du monde, le travail des enfants est un problème croissant en Amérique centrale, où plus de deux millions d'enfants, âgés de 5 à 15 ans, travaillent. Dans le cadre de sa campagne mondiale pour éliminer les pires formes de travail des enfants, l'Organisation internationale du Travail (
OIT) sponsorise un projet destiné à aider les
800 000 enfants et adolescents de la région, qui travaillent dans le secteur de l'agriculture.

Le Programme international de l'OIT pour l'élimination du travail des enfants, connu sous le nom d'
IPEC, travaille dans six pays avec les associations de planteurs de café et les organisation non gouvernementales pour éliminer le travail des enfants dans les plantations. L'objectif est qu'en deux ans, 20 000 enfants cessent de travailler à temps complet au Costa Rica, au Salvador, au Guatemala, au Honduras, au Nicaragua et au Panama.

Le projet inclut la réhabilitation sociale et la protection des enfants qui travaillent ainsi que celles de leurs familles. A ceci s'ajoute un système de contrôle et de vérification minutieux, impliquant des inspecteurs du travail, des officiels du gouvernement et des représentants des associations de producteurs de café.

Les enfants et leurs parents pourront prendre part à des programmes d'éducation, de santé, d'alimentation et de récréation. Des inspecteurs indépendants vérifieront que les enfants ne font plus partie de l'industrie du café et qu'ils ont accès à des alternatives viables afin qu'ils ne retournent pas travailler. L'IPEC a obtenu de bons résultats avec des stratégies similaires employés pour l'industrie du textile au Bangladesh et pour l'industrie de fabrication des ballons de football et de tapis au Pakistan.

Les noms des enfants ont été changés afin de protéger leur identité.
*

La lutte contre la corruption

 

La corruption touche tous les pays, qu’ils soient développés ou non. Elle constitue un frein au développement et les populations les plus pauvres sont les premières touchées par ses conséquences. Selon une étude de la Banque Mondiale, le montant des pots-de-vin versés chaque année s’élèverait ainsi à 1000 milliards de dollars, ce qui représente 9% du commerce mondial.

La Convention des Nations Unies contre la corruption, premier instrument international contre la corruption ouvert à tous les Etats, est entrée en vigueur en 2005. Lors du sommet de Gleneagles en juillet 2005, la France était le 29ème Etat, et le seul du G8, à l’avoir ratifié. Deux ans plus tard, 93 autres Etats avaient adhéré à cette convention, dont le Royaume-Uni, la Russie, les Etats-Unis et la Chine.

Les Etats parties à cet instrument doivent incriminer et sanctionner pénalement la corruption active d’agents publics nationaux, internationaux et étrangers (l’incrimination de la corruption passive d’agents publics étrangers est facultative). Cette convention organise également la restitution des avoirs détournés ou blanchis et l’extradition de personnes convaincues de corruption. L’objectif de ces réunions est notamment d’établir les modalités de mise en œuvre et de suivi de cette convention.

La Convention sur la lutte contre la corruption d’agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales de l’OCDE a été adoptée par les 30 membres de cette organisation, rejoints par six autres pays. Elle est entrée en vigueur, en France, le 29 septembre 2000.

Si elle embrasse un champ sensiblement moins large que celui couvert par la convention des Nations Unies, cette convention présente l’avantage d’être dotée d’un mécanisme d’examen par les pairs, qui permet d’assurer une mise en œuvre équivalente par l’ensemble des Etats parties. Dans le cadre de cet exercice, la France a fait l’objet d’une évaluation très positive en mars 2006.

Il existe d’autres conventions de portée régionale : les conventions civile et pénale du Conseil de l’Europe, la Convention interaméricaine contre la corruption et la Convention de l’Union Africaine.

Par ailleurs, dans le cadre de la lutte internationale contre la corruption, les banques de développement mettent également en place des stratégies pour prévenir la corruption dans leurs interventions. Sur le plan national, la France a adopté en 2006 une stratégie interministérielle sur la lutte contre la corruption, destinée notamment à guider sa politique de coopération internationale. 


source : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/actions-france_830/criminalite-organisee_1051/corruption-blanchiment_3183/lutte-contre-corruption_50393.html


Dignité et droits humains

Une introduction
aux droits économiques, sociaux et culturels






«Ces 25 dernières années, le monde a assisté au recul le plus spectaculaire de la misère qu’il ait jamais connu […], malheureusement des dizaines de pays se sont aussi appauvris […] Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes - soit un habitant sur six de la planète - a moins d’un dollar par jour pour vivre et lutte en permanence contre la faim, la maladie et la dégradation de l’environnement pour survivre […] Un monde où, chaque année, 11 millions d’enfants meurent avant l’âge de 5 ans et où 3 millions de personnes meurent du sida n’est pas un monde de plus grande liberté.»

Kofi Annan,
Secrétaire général des Nations unies(1).



Huit cent quarante millions de personnes souffrent de malnutrition chronique dans le monde(2). Près de 11 millions d’enfants meurent chaque année avant l’âge de cinq ans(3). Plus de 100 millions d’entre eux (des filles pour plus de la moitié) n’ont pas accès à la moindre éducation, pas même au niveau primaire(4). Il ne s’agit pas simplement d’une triste réalité, mais d’un scandale des droits humains aux proportions effarantes. Cette situation nous impose une responsabilité d’action – une responsabilité qui n’a pas trait uniquement aux exigences de la décence humaine mais également aux obligations découlant des principes contraignants du droit international relatif aux droits humains.

Les graves inégalités économiques et sociales constituent une réalité tenace, quel que soit le régime politique ou le niveau de développement des pays concernés. Même dans un contexte général d’opulence, nombreux sont ceux qui n’ont pas accès à des niveaux minimum en matière de nourriture, d’eau, d’éducation, de soins médicaux et de logement. Cela n’est pas dû seulement à un manque de ressources mais également à l’absence de volonté, à la négligence et aux discriminations des gouvernements et d’autres acteurs. De nombreux groupes sont spécifiquement pris pour cible en raison de leur identité. Les personnes en marge de la société sont quant à elles globalement laissées pour compte.

La pleine réalisation des droits économiques, sociaux et culturels – dont le droit à l’alimentation, au logement, à la santé, à l’éducation et au travail – exige des ressources significatives, notamment sur le plan humain, économique et technologique. Toutefois, la limitation des ressources disponibles n’est pas la raison principale des violations massives des droits économiques, sociaux et culturels, et elle ne saurait être invoquée comme prétexte au déni de ces droits pour des individus et groupes spécifiques. Les minorités ethniques, les peuples autochtones, les femmes, les membres des groupes d’opposition ou religieux, les personnes vivant avec le VIH/sida ou atteintes de déficiences mentales, ainsi que de nombreuses autres catégories de population, risquent de se retrouver en situation de dénuement du fait de politiques discriminatoires et injustes.

Les gouvernements des pays riches et puissants ont eux-mêmes manifestement manqué à leur devoir d’éradiquer la faim, l’analphabétisme, la privation de logement et certaines maladies, que ce soit au niveau national ou international. Malgré des déclarations d’inquiétude et de bonnes intentions, la communauté internationale a continué de faire preuve de passivité et les gouvernements, chacun de leur côté, de mépris à l’égard des droits humains de millions d’individus.

source :

AMNESTY INTERNATIONAL
DOCUMENT PUBLIC
Index AI : POL 34/009/2005
ÉFAI


Transparence financière et bonne gouvernance économique : Etat des lieux

Pour en savoir plus sur ce sujet, cliquez sur le lien ci-dessous

http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/pv/stabilisation/pv_20071025.pdf

source : http://www.frstrategie.org/

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