La "jungle" de Calais n'était ni le problème ni la solution. Pour la presse britannique et européenne, la fermeture du campement de réfugiés est l'occasion de rappeler l'incapacité des Européens à aborder de façon cohérente cette question sensible.
23.09.2009 | Marie Bélœil
"La 'jungle' de Calais a été évacuée, mais l'afflux de désespérés ne fait que commencer", titre
Pour The Guardian, le problème concerne l'Union européenne (UE) dans son ensemble. "Les groupes de soutien aux réfugiés soulignent que la convention de Dublin II, censée répartir la gestion du problème entre les 27 pays membres, se révèle inopérante pour la plupart des Afghans, des Irakiens et des Erythréens du camp." Entré en vigueur en 2003, ce texte oblige le demandeur d'asile à déposer sa requête dans le pays par lequel il est entré dans l'UE. "Les Français, par exemple, qui font face à 35 000 demandes d'asile par an, ont beaucoup compliqué les procédures pour empêcher les clandestins de Calais de déposer une demande, poursuit The Guardian. La situation est encore plus désespérée aux frontières de l'Union européenne. La Grèce, le pays de transit de beaucoup de ceux qui parviennent à Calais, a accepté l'an dernier moins de 1 % des demandes d'asile qui lui étaient faites. L'Italie a suscité l'inquiétude lorsqu'elle a entrepris d'intercepter en pleine mer les bateaux de migrants pour les forcer à retourner vers la Libye, sans même examiner les demandes d'asile de leurs passagers."
La solidarité européenne en matière de gestion des flux d'immigrés est "en panne", acquiesce Le Temps. Le quotidien genevois dresse la liste des chantiers en souffrance. "Réunis à Bruxelles le 22 septembre [le jour même de l'évacuation de la "jungle" de Calais], les ministres des Vingt-Sept chargés de l'Immigration se sont encore séparés sur de nouvelles divergences à propos de l'appui à apporter à Malte dans la prise en charge des immigrants. (...) L'idée, avancée par Bruxelles, d'une harmonisation des procédures d'asile entre Etats membres est également en panne. La Commission a proposé de modifier la règle du pays d'entrée pour permettre à un demandeur d'asile de voir sa demande instruite dans le pays où il se trouve, même si ce n'est pas le premier pays d'accueil. Mais le Royaume-Uni, destination de beaucoup d'illégaux, s'y oppose. (...) L'autre obstacle sur lequel bute l'UE est enfin la gestion des frontières (...). Proposé mi-septembre, le renforcement de l'agence Frontex, chargée de la gestion frontalière de l'espace Schengen, est envisagé pour le début 2010. Mais les obstacles juridiques sont de taille. Et les divergences manifestes. Contrairement aux pays nordiques, les gouvernements des pays de l'UE riverains de la Méditerranée estiment sans le dire que les rapatriements manu militari opérés par les autorités italiennes ont eu des effets positifs car ils ont frappé les filières de passeurs."
Sur ce point, The Guardian invite les Européens à rester mesurés. "L'an dernier, la France et l'Italie, avec 31 200 demandes chacune, ont reçu plus de demandes d'asile que le Royaume-Uni (30 500). Et, au Royaume-Uni, ce nombre est bien inférieur au pic enregistré en 2002, avec 103 000 demandes. Les Français ont vu augmenter les demandes émanant de Maliens ou de Comoriens. Mais même ces flux ne sont rien en comparaison de la situation mondiale.
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source : http://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/2009/09/23/la-solidarite-des-europeens-prise-en-defaut
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