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Texte Libre

Lettre ouverteRenvoyez cette lettre avant le 30 janvier 2008 à la
Fondation Abbé Pierre
3, rue de Romainville - 75019 Paris
qui fera parvenir les lettres ouvertes aux partis politiques et aux candidats.


Faites des copies de cette lettre ouverte et faites-la circuler autour de vous.
Nous devons être très nombreux à nous mobiliser contre le mal-logement !






source : http://www.fondation-abbe-pierre.fr/

                                                       

Les paradis fiscaux et judiciaires au cœur du dumping fiscal planétaire

 

Les biens publics correspondant aux objectifs du Millénaire (OMD) se financent essentiellement par la redistribution, autrement dit, au niveau national, par l’impôt. La multiplication des canaux de soustraction à l’impôt en est l’ennemi direct. Les paradis fiscaux et judiciaires (PFJ), appelés aussi centres off shore, où coexistent à des degrés divers une faible taxation, le secret bancaire et l’impunité juridique, portent cette logique à son paroxysme. La fuite des capitaux, l’évasion et la concurrence fiscales effrénées qu’ils provoquent, au Sud comme au Nord, encouragent en effet la criminalité transnationale, affaiblissent les fragiles processus démocratiques des pays du Sud et génèrent une hémorragie fiscale massive qui prive leurs budgets de recettes pourtant vitales.

 

I. Un contexte d’injustice fiscale généralisée

 

Les systèmes fiscaux sous pression

Le mot d’ordre des institutions financières internationales, « créer un environnement propice à l’investissement », qui est censé être le facteur numéro un de réduction de la pauvreté, relève d’un raisonnement myope lorsqu’il affecte les taux d’imposition ou les législations sociale et environnementale. En effet, ces incitations, conjuguées au chantage des multinationales pour que les gouvernements, au Nord comme au Sud, multiplient les exemptions d’impôts à leur égard et réduisent les barrières douanières, sapent les maigres budgets des pays du Sud, altérant durablement le financement des politiques sociales. En moyenne, les rentrées fiscales ne représentent que 11% du PIB dans les pays en développement contre 26% dans les pays industrialisés.

 

Le déplacement de la charge fiscale vers les plus pauvres.

Au total, les entreprises paient de moins en moins d’impôt : entre 1983 et 1996, l’imposition des firmes américaines dans les pays en développement aurait chuté de 54% à 28%. Pour un gros investissement minier en Zambie, l’Anglo American Company a obtenu une imposition de 25% au lieu des 35% habituels. Au Pérou, quasiment aucune entreprise étrangère ne paie d’impôt[1].

« Only poor people pay taxes »[2]. En revanche, la charge de l’impôt sur les plus pauvres s’accroît. Au Brésil, entre 1996 et 2001, l’impôt sur les revenus du travail augmentait de 27%, la cotisation de sécurité sociale de 66%, tandis que l’impôt sur les sociétés diminuait de 16% et celui sur le patrimoine rural, de moitié[3].

 

Un effet de sape sur la démocratie

Aujourd’hui, les populations du Sud voient largement la satisfaction de leurs droits fondamentaux dépendre de financements externes incertains et aux effets délétères en termes de construction démocratique. Historiquement, plus les Etats institutionnalisent la collecte d’argent public auprès d’une large fraction de la population, plus ils sont contraints de rendre des comptes. Au contraire, la dépendance de revenus acquis avec moins d’efforts (aide extérieure, revenus du pétrole ou des minerais) tend à aller de pair avec le maintien de régimes très peu démocratiques et corrompus[4]. Pour les pays les moins avancés en particulier, dont la moitié du budget en moyenne dépend de l’aide internationale, le problème est réel. Ainsi, le fait que les pays endettés doivent répondre aux exigences des bailleurs internationaux, plutôt qu’aux aspirations de leurs peuples, génère de lourdes frustrations et affaiblit durablement la crédibilité des processus démocratiques. L’hostilité qu’inspirent les Etats-Unis en Amérique latine, la France dans une partie de l’Afrique, le FMI et la Banque mondiale dans de nombreux pays, privés du droit de choisir leur destin, ne s’explique pas autrement.

En outre, l’accroissement des inégalités, lié au déplacement de la charge fiscale, affaiblit profondément la cohésion sociale, ciment indispensable à la construction démocratique. Enfin, la libéralisation des flux de capitaux, que préconise le FMI, de pair avec la mise en concurrence des systèmes fiscaux, génère des crises financières aux effets sociaux et politiques dévastateurs, comme en Asie du Sud-Est, en Equateur ou en Argentine. 

 

 

II. Les centres off-shore, paroxysme du moins-disant fiscal et de l’impunité

 

Une concurrence fiscale déloyale

Par leur superficie et leur faible population, les paradis fiscaux sont dans une situation bien particulière de dépenses publiques limitées, qui leur permet de pratiquer le moins-disant fiscal à moindre coût[5]. Aussi peut-on parler de concurrence déloyale. Comment la République sud-africaine, qui a déjà diminué les impôts sur les sociétés de 48% à 30% depuis 1994, peut-elle résister face au développement dans la région de centres off-shore comme l’île Maurice, qui offre un niveau d’imposition de 1,5%[6] ?

Les PFJ permettent aux acteurs les plus puissants de la finance et de l’économie internationale de jouer de toutes les brèches ouvertes par ce système, en toute légalité. En outre, ce système favorise la constitution de caisses noires ou de rémunérations parallèles à la tête des grandes entreprises. C’est pourquoi 150 000 sociétés off-shore continuent à se créer chaque année. Les entreprises transnationales utilisent la multiplicité de leurs filiales pour effectuer des transferts de profit (vers des sociétés situées off-shore), des transferts de prix (surfacturation des échanges entre filiales de sorte que le bénéfice n’apparaisse qu’en lieu « sûr ») ou d’endettement (sous-capitalisation des filiales situées dans les pays lourdement taxés). C’est en prétendant fonctionner à perte qu’Exxon a par exemple pu éviter, pendant 23 ans, de payer le moindre impôt à l’Etat chilien sur l’exploitation du cuivre de la mine « Disputada de las Condes »[7].

 

Une spirale au coût exorbitant pour les pays du Sud

La course vers le zéro impôt est lancée – Jersey en offre déjà la possibilité. Au milieu des années 1970, il y avait environ 25 paradis fiscaux ; le FMI en identifie aujourd’hui plus de 60, par lesquels transite la moitié du commerce mondial et où les actifs domiciliés s’élèvent à 11.000 milliards de dollars, alors que ces territoires ne représentent que 3% du PIB mondial. A cet égard, l’Europe n’apparaît pas exemplaire puisque, à l’intérieur même du continent, opèrent une douzaine de PFJ dont la Suisse et le Luxembourg, mais aussi les Îles anglo-normandes, Gibraltar, Malte, Chypre, le Liechtenstein, Monaco et Andorre.

Selon les estimations les plus basses, le coût de ce fléau pour les pays du Sud se monte à 50[8] ou 70[9] milliards de dollars ; les plus hautes le chiffrent à 600 milliards de dollars[10] – de quoi financer plusieurs fois les OMD ! La différence s’explique essentiellement par la prise en compte ou non de la fuite des capitaux. Le Brésil, par exemple, a vu s’envoler 4 milliards de dollars en 2001, rien que vers les Bahamas et les îles Caïman[11]. Les pays du Nord ne sont pas en reste : aux Etats-Unis, les autorités fiscales estiment le manque à gagner à plus de 300 milliards de dollars[12].

 

Une boîte noire pour la criminalité transnationale

En combinant des instruments capables d’occulter l’origine des fonds et le refus de coopérer avec la communauté internationale en matière de recherches fiscales et criminelles, les PFJ offrent un espace privilégié d’interface entre le monde des transactions financières légitimes et l’argent d’origine criminelle. Ils constituent donc un encouragement à la corruption transnationale et au développement des réseaux criminels et mafieux : argent de la drogue, de la prostitution, du terrorisme, trafic d’armes, abri des pavillons de complaisance, etc. Il n’est pas étonnant, dès lors, qu’ils aient été utilisés à grande échelle dans la plupart des scandales financiers de ces dernières années. Le groupe Enron, par exemple, longtemps considéré comme le modèle de la réussite et de la sophistication financière au service de ses clients, avait créé une myriade de filiales off-shore (881, dont 692 aux îles Cayman), permettant de masquer sa situation financière véritable, de soustraire au paiement de l’impôt environ 1,5 milliard de dollars de 1996 à 2000 et d’occulter les agissements délictuels de ses dirigeants.

 

Les pays du Sud sont les premières victimes de ce système, qui favorise le pillage de leurs ressources naturelles et la corruption de leurs dirigeants. La grande corruption entrave le développement des pays du Sud et mine aussi les démocraties occidentales, en atteignant parfois le cœur même du pouvoir. En France, « l’affaire Elf » a mis à jour un système d’extorsion en règle du pétrole africain, fût-ce au prix de guerres civiles comme au Congo-Brazzaville, avec la complicité d’une partie des élites africaines et de la classe politique française, rémunérées via des sociétés off-shore ou la Suisse. C’est pourquoi la campagne « Publiez ce que vous payez »[13] veut promouvoir un objectif de transparence qui permettra de dégager des gisements de recettes bienvenus pour financer les OMD. Les trafics d’armes affectionnent aussi particulièrement les circuits occultes, comme l’a rappelé l’affaire Falcone/Pasqua concernant l’Angola. Le coût pour les pays du Sud est considérable : durant la dictature d’Abacha, 55 milliards de dollars auraient ainsi été détournés du Nigeria (dont la dette atteint 31 milliards de dollars) ; on estime la fortune du clan Mobutu à plus de 8 milliards de dollars, celle de Suharto de 4 à 40 milliards de dollars… En Russie, la fuite de capitaux atteignait 22 milliards de dollars par an, en moyenne, entre 1992 et 1997[14].

 

 

III. Vers une régulation fiscale internationale

D’un point de vue purement économique, il ne peut y avoir de fonctionnement harmonieux des échanges internationaux sans concurrence loyale, respect des règles de droit et transparence des transactions. Une régulation des flux financiers internationaux est donc indispensable pour promouvoir une plus grande fiabilité de l’information financière et réduire l’instabilité du système financier dans son ensemble. Cette régulation doit s’opérer dans le cadre d’une conférence mondiale convoquée par l’Organisation des Nations Unies, qui devra en assurer le respect. Une telle régulation devra garantir la traçabilité des mouvements de fonds, mieux encadrer le devoir de vigilance des banques et renforcer les systèmes de contrôle judiciaire et de surveillance bancaire, notamment sur les sociétés de compensation[15].

 

Selon le Rapport Landau, « il existe un consensus international pour lutter contre l’évasion fiscale »[16]. En réalité, les stratégies mises en œuvre jusqu’à présent, notamment par le Groupe d’action financière internationale (GAFI), créé par le G7 en 1989, ou à travers l’OCDE, apparaissent surtout comme une couverture permettant le maintien du système[17].

Face à l’urgence des OMD, il est temps que les pays riches prennent des mesures à la hauteur de l’enjeu. Ils en ont les moyens : les paradis fiscaux et judiciaires ne sont que le miroir de décisions prises, en réalité, depuis les grandes places financières internationales. Toutes les grandes banques y ont des filiales ; la plupart des grandes entreprises y ont recours. Le Royaume-Uni, en particulier, a beau jeu de se poser en parangon de la lutte contre la pauvreté en parlant d’aide et de dette, alors que sa couronne abrite la moitié des paradis fiscaux. La France protège Monaco et Andorre.

 

Les présidences successives du Luxembourg et du Royaume-Uni à la tête de l’Union européenne, en 2005, doivent être l’occasion pour la France de mettre le sujet au cœur des discussions communautaires autour des OMD. Elle doit pousser l’UE et, au-delà, la communauté internationale à se prononcer, en  particulier, pour :

 

Ø      Suspendre toutes relations avec les territoires non coopératifs, c’est-à-dire qui refusent ou appliquent de manière purement virtuelle la coopération judiciaire internationale en s’appuyant sur le secret bancaire[18]. La France doit adopter une loi et promouvoir l’adoption d’une directive européenne interdisant à toute banque européenne de s’y installer, s’y maintenir ou d’y conserver des relations financières. Dans l’immédiat, la France doit montrer l’exemple en ouvrant des négociations avec Andorre et Monaco.

 

Ø      Garantir la traçabilité des revenus et des mouvements de fonds (y compris à travers les trusts, selon le droit anglo-saxon, et les fondations) et renforcer le contrôle des sociétés de compensation. L’anonymat requis pour les transactions financières ne doit pas s’opposer à la communication aux magistrats, aux polices judiciaires, aux douanes et surtout aux administrations fiscales de l’identité des donneurs d’ordres et des bénéficiaires, conformément à la Déclaration de Paris[19]. Les moyens de vérification et l’entraide judiciaire doivent être renforcés.

 

Ø      Interdire la prise en considération, par les autorités boursières des grandes places financières internationales, des comptes consolidés des sociétés qui n’auraient pas fait l’objet d’un contrôle comptable dans l’ensemble des territoires où elles exercent des activités. Dans un premier temps, l’obligation doit être faite aux sociétés cotées de déclarer, dans leurs comptes consolidés, les opérations traitées avec les paradis fiscaux et judiciaires et leur justification. La France pourrait faire adopter cette disposition sans délai.

 

Ø      Faire adopter des programmes d’aide à la reconversion économique des centres off-shore, assortis de sanctions éventuelles. 

 

> Contacts : Gérard Gourguechon  (gerard.gourguechon@solidaires.org) & Serge Le Quéau (lequeau@sudptt.fr) - Attac (www.france.attac.org/r31) et Jean-Pierre Scheer (jeanpierre.scheer@francetelecom.com) – Survie & Plate-forme paradis fiscaux et judiciaires

 



[1] Chiffres issus de François Gobbe, Stop à l’évasion fiscale et à la compétition fiscale, Kairos Europe, novembre 2004, p. 42.

[2] « Seules les petites gens paient des impôts », déclarait sans vergogne une milliardaire, Leona Helmsley, lors de son procès pour fraude fiscale, en 1989.

[3] GRESEA, La Justice fiscale pour le développement social – Etudes de cas : Brésil et Algérie, 2003, pp. 17-18.

[4] Mick Moore, « Death without taxes : aid dependency, democracy and the fourth world », Institute of Development Studies, University of Sussex, février 1997.

[5] Même si dans les paradis fiscaux eux-mêmes, ce n’est aussi qu’une élite financière qui bénéficie du système, qui n’emploie que 5 à 8% des actifs et génère moins de 2% des revenus nationaux - cf. Friedrich Ebert Stiftung, « Money Laundering and Tax Havens: the Hidden Billions for Development », Occasional Paper N°3, mars 2003, p. 11.

[6] François Gobbe, Op. Cit., p. 42 et Friedrich Ebert Stiftung, Op. Cit., p. 8.

[7] François Gobbe, Op. Cit., p. 40.

[8] OXFAM, The Hidden Billions for Development, juin 2000.

[9] Selon Evelyn Herfkens, alors ministre néerlandaise du développement, en 2002 (elle est aujourd’hui responsable de la campagne des Nations Unies pour les OMD).

[10] Richard Murphy, Fiscal Paradise or tax on development?, texte d’une intervention au parlement belge le 14 février 2005.

[11] Friedrich Ebert Stiftung, Op. Cit., p. 8.

[12] Friedrich Ebert Stiftung, Op. Cit., p. 12.

[13] Demande expresse adressée aux sociétés multinationales extrayant les richesses du sous-sol – Voir : http://www.publishwhatyoupay.org/francais/index.shtml

[14] François Gobbe, Op. Cit., pp. 31 et 46-50.

[15] Ernst Backes et Denis Robert, Révélation$, Les Arènes, Paris, 2001.

[16] Jean-Pierre Landau (sous la direction de), Les Nouvelles contributions financières internationales - Rapport au Président de la République, La Documentation française, septembre 2004, p. 95.

[17] Thierry Godefroy et Pierre Lascoumes, Le Capitalisme clandestin – L’illusoire régulation des places off-shore, La Découverte, Paris, 2004.

[18] Défini comme le refus de donner des informations aux autorités compétentes (justice, police judiciaire, douanes et administrations fiscales). Jacques Chirac a lui-même montré du doigt ces territoires en demandant leur taxation, le 26 janvier 2005 en s’adressant aux participants du Forum de Davos.

Vision syndicale : Les travailleurs migrants au Moyen-Orient

 

Illustration de l´article 

Que fait le mouvement syndical international pour mieux défendre et tenter d’organiser les travailleurs et travailleuses migrants, exploités et victimes denombreux abus ?
Gros plan sur la Jordanie, avec un reportage sur les chantiers de construction, auprès des travailleuses domestiques, et dans les usines textile où les syndicats organisent les migrants pour défendre leurs droits élémentaires.

Reportage Travail en Jordanie au lien ci dessous :

: http://www.ituc-csi.org/spip.php?article1691&lang=fr

Harragas
Ces jeunes '' va-t-au suicide ! ''
Il ne se passe pratiquement pas un jour sans que l'on entende parler du phénomène des harragas qui prend de plus en plus d’ampleur dans notre pays. Ce sont des dizaines, voire des centaines qui ont été interceptés mer avant d’arriver à leur destination.
Ces jeunes-là, sans visa ni passeport : les harragas sont obnubilés par l'idée d'atteindre l'autre rive, en affrontant la mer avec tous ses risques. En hiver comme en été, ces jeunes attendent le bon moment, la moindre baisse de vigilance chez les gardiens des côtes pour prendre la mer via les côtes espagnoles ou italiennes, ou vers la France et la Bretagne, là- bas où ils croient trouver une vie meilleure.
 
Qui sont-ils?
" Vaut mieux être dévoré par les poissons que par les vers de terre", telle est la formule usitée répétée dans le milieu des harragas, qui sont prêts à tout dans l'espoir d'arriver en Europe. Ils ont entre 18 ans et 40 ans, célibataires et chômeurs, tels sont les principales caractéristiques d'un jeune harraga. L'immigration clandestine ne touche pas seulement les jeunes chômeurs en quête d'un boulot dans les pays européens mais également des fonctionnaires, des étudiants, des commerçants, des femmes et des handicapés, issus peut-être de familles en difficulté : on peut dire que la catégorie la plus concernée par ce phénomène reste la classe moyenne. 
Ces jeunes en détresse, tentent d’atteindre leur destination, en prenant le départ par l'Est du pays, d’atteindre la Sardaigne en Italie, ou par l'Ouest proche les côtes espagnoles (Almeria). Il est recensé 64 sites sur le littoral comme points d'embarquement des harragas. 
Les passeurs programment leur voyage pendant la nuit. Ces jeunes sont équipés de peu de choses : boussoles, gilets de sauvetage, des vêtements pour résister et affronter le froid au large de la Méditerrané, une réserve d’eau, de la nourriture, et surtout beaucoup de patience sont les seuls bagages de ces jeunes désespérés.
Méthodes de la harga
L'un des méthodes utilisées par les harraga est celle de la tentative du voyage en clandestin à bord d’un navire. Cette dernière est reconnue par sa forte probabilité d'échec, du fait du contrôle de plus en plus sévère à l'intérieur des ports et à bord des bateaux de lignes régulières.
L'autre méthode, la plus utilisée, est celle dite "russe" : elle consiste tout simplement à se cacher dans des conteneurs à cargo. Une méthode à haut risque dans la mesure où la plu part de ces jeunes n'arrivent pas vivants à leur destination.
Ce n'est pas tout, le phénomène des harragas a amené des opérateurs, appelés les"passeurs", à développer un véritable secteur informel de transport maritime. Ces derniers doivent payer leurs billets à un prix variant entre 80 000 et 100 000 DA sur des embarcations à risque et sans aucune assurance, avec souvent au rendez-vous la mort au large de la Méditerrané.       
Peu importe le moyen, soit se cacher dans la salle des moteurs ou dans des conteneurs, soit dans les cales des bateaux…, même s'ils doivent engager leur vie, l'essentiel est d'atteindre leur but et trouver ce dont ils ont été privés dans leur pays.Une fois en mer, en plein large, les harragas prennent conscience du danger auquel ils sont exposés : les bouteilles jetées à la mer et contenant des lettres destinées à leurs familles indiquent bien la situation dans laquelle ils se trouvaient.
 
El-harga, sujet à débattre
Enfin, on a décidé de prendre en considération ce phénomène inquiétant car les différentes institutions de l'Etat sont toutes intervenues lors d'une rencontre-débat, première du genre consacrée au phénomène des "harraga" au mois de septembre dernier, organisée par le ministère de la Solidarité nationale. Cette rencontre a permis de dévoiler une situation dramatique et une réalité amère concernant les jeunes candidats à l'immigration clandestine, laquelle englobe le jeune chômeur, le fonctionnaire et l’étudiants…
Des chiffres ont été donnés lors de cette rencontre. En effet, près d'une vingtaine de harragas trouvent la mort chaque année au large des côtes algériennes avant d'atteindre leur destination. Au cours de ces trois dernières années, le bilan est le moins que l'on puisse le dire effrayant, car plus de 2 340 immigrants clandestins ont été secourus en pleine mer, 1 000 ont été sauvés d'une mort certaine. Ce bilan a été communiqué par le ministère de la Défense nationale lors de cette rencontre. Par ailleurs, environ 918 personnes ont été dénombrées cette année entre janvier et septembre 2007, et 761 ressortissants ont été rapatriés d'Espagne durant cette même période. Tous ces chiffres interpellant sur la nécessité de tirer la sonnette d'alarme afin de faire face à ce fléau en mettant sur place une stratégie de prise en charge de cette frange fragile de la société.
Dans ce même contexte, et lors de la même rencontre, il a été proposé par le ministre de la Solidarité, Djamel Ould Abbés, la création d'un observatoire méditerranéen pour la défense et la promotion des droits de l'Homme, comme il a souhaité à cette occasion le renforcement des capacités de détection, de démantèlement et d'arrestation des réseaux qui alimentent ces mouvements clandestins, insistant sur l'urgence d'identifier les causes poussant les jeunes à affronter la mer, et surtout de les prendre en charge en les aidant à une insertion sociale. Djamel Ould Abbés a proné également un plan de sensibilisation et d'information immédiat des jeunes et de leur entourage.         
Pour sa part, le représentant des affaires étrangères a révélé que l'Algérie a procédé à la signature de six accords de réadmission avec des pays européens entre 1994 et 2007, afin de rapatrier des ressortissants algériens en situation irrégulière.
 
Bouteflika tend la main aux jeunes
Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, n’est pas resté indifférent devant la question de l’immigration clandestine, laquelle touche de plus en plus nos jeunes. Lors de la conférence nationale gouvernement-walis autour de la politique nationale de la jeunesse, le Président a qualifié le phénomène des harragas de dramatique et qui illustre la gravité de la crise qui frappe la jeunesse dans le monde actuel, ce qui l’a amené a appeler à une prise en charge sérieuse de la jeunesse. Cette dernière constitue la seule solution pour faire face à ce fléau.
 
Deux jeunes harragas racontent leur més...aventure
" Peu importe le moyen ! Je n'hésiterai jamais à entreprendre de nouveau cette aventure, malgré mon premier échec. C'est bon ! Il n’y a plus rien à espérer dans ce pays".
Tels sont les propos d'un jeune hanté par le désir de traverser la Méditerranée dans l'espoir d'une vie meilleure. Il s'agit de Zohir, un jeune Algérois âgé de 28 ans, diplômé et travaillant dans une société à Oran en tant qu'opérateur. Ce dernier a accepté de bien vouloir apporter son témoignage sur sa mésaventure." Depuis deux ans, une seule idée me tournait dans ma têt : celle d’aller en Europe pour assurer mon avenir et pouvoir vivre en paix, et surtout venir en aide à la famille", a affirmé Zohir. Après plusieurs tentatives pour l'obtention d'un visa, " il ne me restait donc que la harga pour réaliser mes ambitions", indique- t-il, ajoutant qu'ils étaient trois Oranais et sept Algérois, à vouloir tenter leur chance. 
" J'ai tout fait pour rejoindre l'autre rive de la Méditerranée ; notre destination était le Maroc, plus exactement l'île de Mellila", avait indiqué Zohir.
Pour en savoir plus, Mellila est une ville autonome espagnole enclavée sur la côte nord-est du Rif oriental ; elle est considérée comme l'un des plus importants points d'embarquement des harragas.
Zohir n'a pas eu la chance de connaître cette ville.                             " Malheureusement, la chance n'était pas de notre côté, une fois qu'on a mis les pieds sur le sol de cette île, la police espagnole nous a arrêtés ; puis remis à la police marocaine ; là, on a été condamnés à un mois de prison puis relâchés à la frontière algéro-marocaine", lance-t-il d'un air attristé, ajoutant qu'" on a pris beaucoup de risques afin d'atteindre Maghnia et rentrer en Algérie".
"Pourrais-je tenter une autre fois ma chance?", c'est la question qui revient à chaque fois dans sa tête. " Ma vie est bousillée", avait indiqué Zohir, qui est à Alger depuis cinq mois, rentrant dans le cercle vicieux du chômage après avoir perdu son travail, mais ce dernier ne cache pas son envie de réessayer encore et encore :" Je tenterai ma chance à la moindre occasion qui se présentera devant moi…, qui ne tente rien n'a rien !", conclura Zohir.
Un autre témoignage s'ajoute à celui de Zohir. Il s'agit de celui de Samir, âgé de 24 ans, sans diplôme et sans travail, d’apparence désespéré, comme la plupart des jeunes de sa génération.
"Je veux partir !", c'est la phrase que Samir répète sans cesse, influencé par des jeunes de son quartier. Il a tout fait pour nous convaincre de ce qui lui a toujours tourné la tête : l'idée de partir à l'étranger et peut importe le moyen. Vendant des cigarettes dans un vieux quartier à Alger, les ambitions de Samir se limitent à atteindre l'autre rive de la Méditerranée. Citant des exemples dont il affirme que l'une de ses connaissances aurait embarqué dans un conteneur.
" Il s'est aujourd'hui installé en Espagne, il travaille et a même envoyé de l'argent à sa famille. Pourquoi pas moi?" assurait-il. C'était en avril 2005. Samir décide enfin de franchir le pas en ayant recours aux services des passeurs, en contre- partie d'une forte somme d'argent estimée est 100 000 dinars, coup réussi pour lui, il est parvenu enfin à rejoindre la France, sans papiers et n’y est demeuré que six mois.  Malheureusement il a été arrêté et a fait l'objet d'une expulsion.
Depuis, Samir se trouve dans un état de déprime car il n'arrive toujours pas à accepter son échec.
Plusieurs autres cas, soient des centaines de jeunes et même de jeunes filles, qui veulent quitter leur pays et partir à tout prix, recherchant plus de liberté, plus d'égalité de chances, plus d'opportunités et surtout fuir la pauvreté, le mal-vivre, le sentiment d'exclusion, le manque de perspectives d'amélioration des conditions de vie et le désespoir qu'ils ressentent dans leur pays où il pensent n’avoir aucun avenir.
 
 7e CONFERENCE DE L’OBSERVATOIRE INTERNATIONAL
DE LA DEMOCRATIE PARTICIPATIVE (OIDP)

Elargir la participation citoyenne, un défi à relever


Du 26 au 28 novembre, Nanterre accueille l’OIDP pour trois jours de débats et
d’échanges d’expériences autour de la participation des citoyens à la
démocratie.

Depuis plusieurs années, du Brésil à l’Europe en passant par le Canada et l’Afrique, de
nombreuses initiatitives ont été impulsées pour mettre en place des processus de
démocratie participative impliquant davantage les citoyens dans la vie publique. Or,
quelques soient les méthodes, les formes et les implantations géographiques des
expériences menées, tous les acteurs ont fait le constat, à un moment ou un autre, de
l’absence de participation de certains citoyens ou du désinvestissement d'autres.
A l’occasion de la 7e Conférence de l’OIDP, réseau international d’échange d’expériences et
de débat, les acteurs de la démocratie participative s’interrogeront 3 jours durant sur leurs
pratiques et les raisons de ces désengagements. En croisant leurs expériences,
représentants des villes et collectivités territoriales de nombreux pays tenteront, avec les
citoyens impliqués dans ces processus, de faire le point et d’esquisser des propositions pour
élargir la participation citoyenne.

Accueillie par la Ville de Nanterre du 26 au 28 novembre, cette 7e Conférence alternera
débats en plénière et ateliers, animés par des chercheurs et des responsables territoriaux,
spécialistes des questions de démocratie participative. Ils débattront avec les participants et
les citoyens venus des villes et métropoles du Brésil, du Mexique, d’Italie, de France, du
Sénégal, de Bolivie... pour relever le défi de l’élargissement de la participation citoyenne à la
vie publique.


PLUS D’INFOS :


Persécutions des femmes
Savoirs, mobilisations et protections
Sous la direction de Jane Freedman et Jérôme Valluy

______________________
A paraître le 16/11/2007 ISBN : 978-2-9149-6834-8 - 672 pages - 14 X 20,5 cm - 30.00 euros Éditions DU CROQUANT :info@editionsducroquant.org Broissieux 73340 Bellecombe-en-Bauges Tél : 06 89 21 35 25 Bon de commande du livre : http://terra.rezo.net/article655.html

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Mariages forcés, grossesses ou avortements forcés, mutilations génitales, lapidations, défigurations à l’acide et autres crimes d’honneur, esclavages et violences domestiques sans recours, viols d’épurations ethniques, esclavage sexuel et prostitution forcée, privations traditionnelles ou politiquement tolérées de libertés et droits humains fondamentaux…

Dans ce domaine, les travaux des sciences humaines et sociales n’ont généralement pas été produits en relation avec la problématique de l’exil et de la protection internationale des réfugiés. Ce point de vue spécifique permet de reconsidérer les données existantes sur la situation des femmes persécutées dans le monde et d’apporter des connaissances nouvelles qui permettent d’inaugurer une anthropologie des persécutions spécifiques aux femmes.

Les persécutions des femmes ne sont pas seulement des faits sociaux, elles sont aussi des causes de mobilisations sociales nationales et internationales. Le mouvement féministe participe, par ses actions, à la reconnaissance de ces persécutions mais demeure segmenté par les frontières nationales et par le fossé qui sépare le « nord » et le « sud » des conditions économiques et sociales : les « violences aux femmes » ici, sont peu reliées encore aux « persécutions des femmes » làbas.

A la croisée de la sociologie des mouvements sociaux et des rapports de domination entre les genres, les recherches existantes montrent que ce sont surtout les associations caritatives et humanitaires qui se mobilisent aujourd’hui en faveur de la reconnaissance et de la protection des victimes de persécutions spécifiques aux femmes.


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En savoir plus sur le livre (présentation, sommaire, texte intégral de l'introduction...): http://terra.rezo.net/article655.html

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