Migrations internationales et droits de l’Homme : état des lieux
1. Un phénomène limité, mais en expansion
Bien que les statistiques restent déficientes, surtout pour les migrations sudsud et que les chiffres sont à manier avec précaution, les migrants, réfugiés compris, représenteraient en 2005 près de 200 millions de personnes (9,2 millions de réfugiés), soit près de 3 % de la population mondiale. Les images d’invasion et d’envahissement inéluctables des pays riches sont donc globalement fausses, même si les flux migratoires sont en expansion : le nombre de migrants a doublé en 25 ans, et va de toute évidence continuer à se développer en raison des disparités en matière de développement, de démographie et de démocratie (« les.3 D ») entre pays riches et pays pauvres.
2. Une féminisation croissante
En 2000, les femmes constituaient un peu moins de la moitié des migrants, et plus de 50% dans les pays développés, mais aussi en Amérique latine, dans les Caraïbes et en exUnion soviétique. Un nombre croissant d’entre elles émigrent seules, en raison de la demande des pays riches en emplois traditionnellement féminins (travail domestique, nettoyage, soins aux personnes âgées, industrie du sexe), mais aussi en raison de leur prise de conscience de leurs droits dans des sociétés où persistent de nombreuses contraintes à leur émancipation. Si la relégation des femmes émigrées à certains types d’emplois les expose plus que les autres catégories de migrants aux violences et à la discrimination, leur parcours migratoire révèle et renforce la transformation des rôles publics et privés traditionnels entre hommes et femmes.
3. Le développement des migrations irrégulières
Selon l’OCDE, 10 à 15% des 56 millions de migrants vivant en Europe seraient en situation administrative irrégulière, et près de 500 000 migrants sans papiers entreraient chaque année dans les pays de l’UE, autant qu’aux EtatsUnis. De même, la majorité des migrants vivant en Afrique subsaharienne, en Inde (près de 20 millions selon certaines estimations), au Maghreb et en Amérique latine sont dépourvus de tout statut légal, alors que l’OIT estime que 3,5 à 5 millions de migrants sont employés dans le secteur informel en Russie. Cette croissance de la migration irrégulière est notamment liée au rétrécissement des possibilités de migration légale et au développement de la traite des êtres humains (qui toucherait plus d’un demimillion de personnes par an). Durant leur périple, de plus en en plus incertain et prolongé, ces migrants, et en particulier les femmes et les enfants, sont exposés à de multiples dangers et violations de droits élémentaires, pris en tenailles entre réseaux criminels et politiques de contrôle des Etats.
4. Des conséquences importantes
Les remises (les envois d’argent par les émigrés à leurs familles restées au pays) transférées officiellement ont été de 150 milliards de dollars en 2004, soit près du triple de l’aide publique au développement, soit une progression de 50% en cinq ans seulement (Banque mondiale). A ce chiffre, il faudrait ajouter selon des estimations 300 milliards de dollars de transferts informels. Pour certains pays, ces remises peuvent constituer une des principales sinon la première source de devises (23% du PIB en Jordanie par exemple) et pour l’ensemble des pays en développement, ces transferts sont la deuxième source de financement, après l’investissement financier direct. Pour de nombreux Etats, l’immigration est un extraordinaire moyen de pression diplomatique. Les mouvements de population peuvent aussi provoquer des crises dans les pays d’accueil. La question des migrations est dans presque tous le pays objet d’interrogations, de questionnements, de débats publics et de polémiques en raison de sa charge idéologique et symbolique forte.
5. Diversification des flux et des trajectoires
Si près de 40 % des migrants partent à la recherche d’un emploi, d’autres raisons sont également à l’origine de ces flux. De plus en plus, d’importants exodes de population ont pour origine des catastrophes naturelles (sécheresse, inondations), des famines, mais surtout des conflits militaires et des guerres civiles. Parties dans un pays voisin pour un exil temporaire, souvent par familles entières, ces personnes ne peuvent plus pour la plupart revenir dans leurs régions d’origines. C’est souvent parmi eux que se recrutent les futurs immigrants irréguliers. Les séjours pour études (plus d’un million), les migrations familiales (dont la progression est un des phénomènes marquants des dernières décennies) et « la circulation internationale des élites professionnelles » constituent d’autres formes de migration. Toutes les régions du monde sont touchées ; des pays d’émigration deviennent des pays d’immigration ou de transit, voire les trois à la fois.
6. Sélection et restriction : des régimes juridiques et des statuts administratifs de plus en plus contraignants
A partir des années 70, les migrants sont confrontés à des dispositifs juridiques et administratifs marqués par le protectionnisme et la sélection. Alors que la migration illégale était jusque là souvent tolérée, les conditions d’entrée, de séjour, de regroupement familial, d’accès au travail de certaines catégories (les femmes par exemple) sont réformées dans un sens restrictif. En Europe, mais aussi ailleurs, les politiques deviennent de plus en plus centrées sur « la chasse aux clandestins » et la détection des « faux réfugiés ». Alors même que la circulation des marchandises, des capitaux et des services est la règle, que la circulation des personnes est en théorie plus aisée (transports moins coûteux et plus rapides,...), les obstacles sont renforcés par une généralisation des visas. L’accroissement des contrôles a créé un nouveau marché investi par des réseaux mafieux de plus en plus nombreux et de mieux en mieux organisés.
7. Développement de nouveaux pôles migratoires
Les EtatsUnis restent le premier pôle d’attraction de migrants, suivis de l’Europe occidentale (UE et Suisse) et l’Australie. Mais deux nouveaux pôles importants se sont affermis depuis le début des années 70 : les pays pétroliers (Péninsule arabique, Venezuela, mais aussi Libye, Gabon, Afrique du sud...) d’une part, le Japon et les nouveaux pays industriels d’Asie d’autre part. Dans ces nouveaux pays d’immigration, surtout au MoyenOrient, la précarité du statut juridique, voire la négation de tout droit est souvent la règle : contrat temporaire, système du Kafil (le garant), interdiction presque totale du regroupement familial, expulsions massives après un retournement de conjoncture économique ou une crise politique.
8. Le développement des migrations sudsud
Un peu plus d’un migrant sur deux (54 %) vit dans un pays en voie de développement. Quatre raisons sont à l’origine de ce phénomène croissant. Outre des flux migratoires classiques, qui remontent parfois à loin (du Sahel vers l’Afrique de l’ouest par exemple), il y a d’abord les migrations « par défaut » : le durcissement des conditions d’accès aux grands pôles, comme l’Europe, transforme des pays de transit en pays d’immigration ; c’est ainsi le cas du Maroc, de l’Algérie, de la Turquie, de l’Egypte, de la Jordanie pour ne parler que de la Méditerranée. Il y a ensuite l’explosion du nombre de réfugiés, accueillis pour l’essentiel en Asie et en Afrique, en particulier dans la région des Grands Lacs et dans la Corne de l’Afrique. Il faudrait enfin ne pas oublier les flux des personnes déplacées et celui de ce que certains chercheurs appellent les écoréfugiés.
source : http://www.fidh.org/











































"… la pauvreté peut être définie comme étant la condition dans laquelle se trouve un être humain qui est privé de manière durable ou chronique des ressources, des moyens, des choix, de la sécurité et du pouvoir nécessaires pour jouir d'un niveau de vie suffisant et d'autres droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux."
La pauvreté n'est pas seulement économique (un cinquième de la population mondiale vit dans la pauvreté absolue, soit avec moins d’un dollar par jour). La pauvreté est également définie par la malnutrition, une espérance de vie réduite, le manque d'eau potable et de système sanitaire, la maladie, l'analphabétisme, l'impossibilité d'avoir accès à l'instruction, à la culture, aux soins de santé, au crédit ou au capital. 


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