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Si vous avez raté l'excellent documentaire diffusé hier par France 3 
" L'asile du droit", vous pouvez le découvrir au lien ci dessous.

L’asile du droit 
video 
       
     
 cliquer sur deuxième écran pour voir émission

 

Courrier international - n° 897 - 10 janv. 2008

Europe

UNION EUROPÉENNE - Les camps de rétention toujours plus nombreux

Plus de 30 000 étrangers non européens vivent dans des centres fermés sur tout le continent. Demandeurs d’asile ou en instance d’expulsion, ils sont retenus à l’abri des regards dans des conditions souvent insalubres.

O n en trouve dans des hangars de chemins de fer, des vieux silos à céréales, des usines désaffectées, des annexes de prison et même sur un bateau ancré dans le port de Rotterdam. De l’Irlande à la Bulgarie, de la Finlande à l’Espagne, les camps de rétention pour étrangers se sont multipliés dans l’Union européenne. La plupart sont apparus au cours de la dernière décennie, l’Europe devenant de moins en moins favorable à l’accueil de migrants.On dénombre aujourd’hui 224 camps de rétention disséminés dans l’UE. Ils peuvent accueillir plus de 30 000 personnes au total – des demandeurs d’asile et des clandestins en attente d’expulsion. “La rétention est une mesure très grave dans une société démocratique : l’Etat prive les gens de leur liberté quand ils sont condamnés pour crime grave”, observe Katrine Camilleri, juriste à Malte auprès du Service jésuite pour les réfugiés. Les plus petits de ces centres accueillent quelques dizaines de personnes, les plus grands plus d’un millier. Un réseau s’est ainsi discrètement formé, sans grande surveillance ni beaucoup de règles, remettant parfois en service d’anciens sites, comme celui de Rivesaltes, dans le sud de la France, qui fut l’un des plus grands camps d’internement de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les gouvernements affirment vouloir ainsi gérer un cauchemar administratif et juguler un risque sécuritaire : le développement d’une migration furtive, dans laquelle des gens cachent délibérément leur identité et encombrent de dossiers douteux un système de demandes d’asile déjà surchargé.
Les conditions de vie varient d’un centre à l’autre. Même les meilleurs sont bardés de caméras de surveillance et de fils de fer barbelés. Les pires sont infestés de vermine, manquent de services médicaux et, selon une étude de 300 pages réalisée à la demande du Parlement européen, sont le théâtre d’émeutes, d’incendies criminels et ­de suicides. Les effets psychiques de l’incarcération peuvent être très sérieux, en particulier chez les jeunes. Ainsi, le Bureau danois d’aide aux demandeurs d’asile rapporte que, en entre 2001 et 2006, le taux de tentatives de suicide parmi ces détenus a été six fois plus important que dans l’ensemble de la population danoise.
Les camps sont concentrés le long des frontières orientales et méridionales de l’Europe, et, selon Migreurop, un réseau de chercheurs et ­d’avocats qui a cartographié le phénomène, on en trouve un grand nombre sur une bande traversant la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque et l’Allemagne. Les plus importants sont situés à proximité des principales voies de migration. Le plus grand, de 1 100 places, est installé dans le sud de l’Italie, à Crotone, et les deux suivants, de 800 places chacun, à Malte. Selon l’étude du Parlement européen, la capacité totale connue des camps “fermés” de l’UE est de 30 871 places. Lorsqu’on ajoute à ce chiffre celle des camps ouverts, où les demandeurs ­d’asile peuvent sortir pendant la journée, le total s’élève à 40 979 places.

L’Europe ouvre des sites hors de ses frontières

L’ouverture de ces centres n’ayant pas réussi à endiguer le flux migratoire, l’Europe cherche aujourd’hui de l’aide en dehors de ses frontières. Des accords bilatéraux, soupçonnés de reposer sur des alliances équivoques et d’autoriser des atteintes aux droits de l’homme, ont vu naître des camps situés dans des pays périphériques comme le Maroc, l’Ukraine, la Libye et la Turquie. La Turquie exclut les non-Européens de sa politique à l’égard des réfugiés, et la Libye n’a pas signé la Convention de Genève sur les réfugiés. L’Italie n’en a pas moins signé un accord secret avec la Libye, où, selon Rutvica Andrijasevic, un chercheur du Center on Migration, Policy and Society de l’université d’Oxford, elle a déjà construit un camp de rétention, qui sera prochainement suivi de deux autres.
Claire Rodier, avocate et présidente de Migreurop, observe que les camps se sont multipliés en Europe ces dix dernières années. Aujourd’hui, à défaut d’autres initiatives et en raison de l’importance numérique du phénomène, ces “installations provisoires” sont en train de devenir permanentes.
A Lampedusa, une ville qui n’a jamais eu d’école secondaire ni de maternité, une caserne a été transformée en un énorme centre en vue d’accueillir les milliers de migrants recueillis en mer. Les Pays-Bas envisagent de transférer cette année une partie de leurs détenus sur deux plates-formes flottantes. En avril dernier, la Grèce a ouvert un nouveau centre de 374 places à Filakio, un village situé près de la frontière turque, pour remplacer ceux de Vresika et de Peplo, fermés à la demande du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. A Malte, un village de tentes est devenu une structure d’accueil permanente.
En Irlande et en Allemagne, les centres de rétention sont généralement installés dans les prisons. Ailleurs, on les trouve souvent dans les aéroports, comme à Amsterdam, Lisbonne, Londres, Manchester, Paris et Vienne. De petits centres pouvant abriter une vingtaine de personnes au maximum sont disséminés dans toute l’Europe, mais ils ne figurent pas sur la carte de Migreurop. Certains sont établis dans des commissariats ou des palais de justice, comme celui aménagé en sous-sol sur l’île de la Cité, à Paris.
A l’abri des regards extérieurs, beaucoup de ces camps offrent des conditions de rétention bien inférieures aux normes internationales. Les habitants de Samos sont encore sous le choc de la révélation de celles qui régnaient dans le vieux centre, une ancienne usine de tabac, où les arrivants étaient assaillis par des odeurs de vomi, ­d’urine et de transpiration, où les eaux d’égout s’infiltraient dans les dortoirs et où la surpopulation était telle que les gens dormaient à même le sol. C’est dans ce centre qu’un groupe d’Iraniens, mécontents de la longueur de leur séjour, ont organisé une grève de la faim en 2006. Ils ont façonné des aiguilles à l’aide de languettes de canettes de Coca-Cola et d’un briquet et se sont cousu les lèvres avec des fils tirés d’une prise électrique. “Vous ne pouvez pas imaginer. Je ne savais pas qui appeler en premier, le préfet, la police, ­l’hôpital, le médecin”, raconte Ireni ­Tremouli, une humanitaire de 26 ans, qui a dû faire face à la situation.

“Les étrangers ne sont que des numéros”

Selon Claire Rodier, la durée moyenne de rétention dans les camps de l’Union européenne est de 12 à 18 mois. En France, elle est de 32 jours, en Espagne de 40, en Italie de 60 et en Grèce de 3 mois. L’Allemagne n’a pas de limite pour les demandeurs d’asile et, sur l’île de Malte, certains étrangers sont restés en rétention pendant plus de cinq ans. Courant janvier sera soumise au Parlement européen une directive soutenue par l’Allemagne et violemment critiquée par les associations de défense des droits de l’homme, qui fixerait la durée maximale de la rétention à 18 mois pour tous les pays de l’Union européenne. Les opposants au texte dénoncent les multiples atteintes aux droits de l’homme commises dans ces camps. De nombreux étrangers qui ont besoin d’une protection ne peuvent avoir accès aux services d’un interprète ou d’un avocat. Et, dans certains camps, ce sont les droits à la vie familiale et à la vie privée, les droits des mineurs mais aussi le droit à l’intégrité physique – en raison des effets de longues périodes d’incarcération – qui ne sont pas respectés.
Selon Panagiotis Papadimitriou, le responsable de la surveillance frontalière du Haut-Commissariat pour les réfugiés en Grèce, Athènes ferme les yeux sur les conditions de vie dans les camps frontaliers. “Le gouvernement n’envoie pas d’interprètes, de médecins, ni même de personnes capables ­d’évaluer les besoins des arrivants. Certains réfugiés nécessitent une aide internationale. Mais, pour les autorités, ce ne sont que des numéros.”

Caroline Brothers
International Herald Tribune
source : courrier international
 L’observatoire des victimes de l’immigration vers l’Europe

FORTRESS EUROPE

http://fortresseurope.blogspot.com

présent

 

RAPPORT DECEMBRE 2007 - 243 migrants et réfugiés morts aux portes de l’Ue dans le dernier mois. 120 victimes en mer Egée, 96 au large des Canaries, 17 le long de côtes algériennes et 10 au large de Mayotte. Au moins 1.861 morts durant l’année 2007. Ils avaient été 2.088 en 2006. Mais les arrivées ont baissé. Préoccupation pour le nouvel accord de patrouille Italie-Libye. Entre-temps l'élargissement de l'espace Schengen à est transforme frontières en murs virtuels. En ligne des exclusives documents officiels de Frontex, avec le budget 2008 et la liste complète des opérations[...]

 

 

SPECIAL Vidéo: érythréens deportés depuis Malte et torturés

Très important. Un vidéo de Human Rights Concern - Eritrea, avec les temoignage de 4 erythréens deportés en 2002 depuis Malte et torturés, une fois rapatriés, par l'armée erythréenne qu'ils avaient fuit. Très important. Car en 2006 plus de 2.500 refugiés erythréens sont debarqués en Sicile. Et avec l'accord signé entre Italie et Libye le 29 décembre, ils seront tous renvoyés dans les ports libyens et de là rapatries. VOILA CE QU'ILS RISQUENT!! Le 60% de demandeurs d'asile politique en Italie sont entrés par la frontière Sicile-Lampedusa

 

More info at: http://fortresseurope.blogspot.com

Lettre ouverteRenvoyez cette lettre avant le 30 janvier 2008 à la
Fondation Abbé Pierre
3, rue de Romainville - 75019 Paris
qui fera parvenir les lettres ouvertes aux partis politiques et aux candidats.


Faites des copies de cette lettre ouverte et faites-la circuler autour de vous.
Nous devons être très nombreux à nous mobiliser contre le mal-logement !






source : http://www.fondation-abbe-pierre.fr/

                                                       

Les paradis fiscaux et judiciaires au cœur du dumping fiscal planétaire

 

Les biens publics correspondant aux objectifs du Millénaire (OMD) se financent essentiellement par la redistribution, autrement dit, au niveau national, par l’impôt. La multiplication des canaux de soustraction à l’impôt en est l’ennemi direct. Les paradis fiscaux et judiciaires (PFJ), appelés aussi centres off shore, où coexistent à des degrés divers une faible taxation, le secret bancaire et l’impunité juridique, portent cette logique à son paroxysme. La fuite des capitaux, l’évasion et la concurrence fiscales effrénées qu’ils provoquent, au Sud comme au Nord, encouragent en effet la criminalité transnationale, affaiblissent les fragiles processus démocratiques des pays du Sud et génèrent une hémorragie fiscale massive qui prive leurs budgets de recettes pourtant vitales.

 

I. Un contexte d’injustice fiscale généralisée

 

Les systèmes fiscaux sous pression

Le mot d’ordre des institutions financières internationales, « créer un environnement propice à l’investissement », qui est censé être le facteur numéro un de réduction de la pauvreté, relève d’un raisonnement myope lorsqu’il affecte les taux d’imposition ou les législations sociale et environnementale. En effet, ces incitations, conjuguées au chantage des multinationales pour que les gouvernements, au Nord comme au Sud, multiplient les exemptions d’impôts à leur égard et réduisent les barrières douanières, sapent les maigres budgets des pays du Sud, altérant durablement le financement des politiques sociales. En moyenne, les rentrées fiscales ne représentent que 11% du PIB dans les pays en développement contre 26% dans les pays industrialisés.

 

Le déplacement de la charge fiscale vers les plus pauvres.

Au total, les entreprises paient de moins en moins d’impôt : entre 1983 et 1996, l’imposition des firmes américaines dans les pays en développement aurait chuté de 54% à 28%. Pour un gros investissement minier en Zambie, l’Anglo American Company a obtenu une imposition de 25% au lieu des 35% habituels. Au Pérou, quasiment aucune entreprise étrangère ne paie d’impôt[1].

« Only poor people pay taxes »[2]. En revanche, la charge de l’impôt sur les plus pauvres s’accroît. Au Brésil, entre 1996 et 2001, l’impôt sur les revenus du travail augmentait de 27%, la cotisation de sécurité sociale de 66%, tandis que l’impôt sur les sociétés diminuait de 16% et celui sur le patrimoine rural, de moitié[3].

 

Un effet de sape sur la démocratie

Aujourd’hui, les populations du Sud voient largement la satisfaction de leurs droits fondamentaux dépendre de financements externes incertains et aux effets délétères en termes de construction démocratique. Historiquement, plus les Etats institutionnalisent la collecte d’argent public auprès d’une large fraction de la population, plus ils sont contraints de rendre des comptes. Au contraire, la dépendance de revenus acquis avec moins d’efforts (aide extérieure, revenus du pétrole ou des minerais) tend à aller de pair avec le maintien de régimes très peu démocratiques et corrompus[4]. Pour les pays les moins avancés en particulier, dont la moitié du budget en moyenne dépend de l’aide internationale, le problème est réel. Ainsi, le fait que les pays endettés doivent répondre aux exigences des bailleurs internationaux, plutôt qu’aux aspirations de leurs peuples, génère de lourdes frustrations et affaiblit durablement la crédibilité des processus démocratiques. L’hostilité qu’inspirent les Etats-Unis en Amérique latine, la France dans une partie de l’Afrique, le FMI et la Banque mondiale dans de nombreux pays, privés du droit de choisir leur destin, ne s’explique pas autrement.

En outre, l’accroissement des inégalités, lié au déplacement de la charge fiscale, affaiblit profondément la cohésion sociale, ciment indispensable à la construction démocratique. Enfin, la libéralisation des flux de capitaux, que préconise le FMI, de pair avec la mise en concurrence des systèmes fiscaux, génère des crises financières aux effets sociaux et politiques dévastateurs, comme en Asie du Sud-Est, en Equateur ou en Argentine. 

 

 

II. Les centres off-shore, paroxysme du moins-disant fiscal et de l’impunité

 

Une concurrence fiscale déloyale

Par leur superficie et leur faible population, les paradis fiscaux sont dans une situation bien particulière de dépenses publiques limitées, qui leur permet de pratiquer le moins-disant fiscal à moindre coût[5]. Aussi peut-on parler de concurrence déloyale. Comment la République sud-africaine, qui a déjà diminué les impôts sur les sociétés de 48% à 30% depuis 1994, peut-elle résister face au développement dans la région de centres off-shore comme l’île Maurice, qui offre un niveau d’imposition de 1,5%[6] ?

Les PFJ permettent aux acteurs les plus puissants de la finance et de l’économie internationale de jouer de toutes les brèches ouvertes par ce système, en toute légalité. En outre, ce système favorise la constitution de caisses noires ou de rémunérations parallèles à la tête des grandes entreprises. C’est pourquoi 150 000 sociétés off-shore continuent à se créer chaque année. Les entreprises transnationales utilisent la multiplicité de leurs filiales pour effectuer des transferts de profit (vers des sociétés situées off-shore), des transferts de prix (surfacturation des échanges entre filiales de sorte que le bénéfice n’apparaisse qu’en lieu « sûr ») ou d’endettement (sous-capitalisation des filiales situées dans les pays lourdement taxés). C’est en prétendant fonctionner à perte qu’Exxon a par exemple pu éviter, pendant 23 ans, de payer le moindre impôt à l’Etat chilien sur l’exploitation du cuivre de la mine « Disputada de las Condes »[7].

 

Une spirale au coût exorbitant pour les pays du Sud

La course vers le zéro impôt est lancée – Jersey en offre déjà la possibilité. Au milieu des années 1970, il y avait environ 25 paradis fiscaux ; le FMI en identifie aujourd’hui plus de 60, par lesquels transite la moitié du commerce mondial et où les actifs domiciliés s’élèvent à 11.000 milliards de dollars, alors que ces territoires ne représentent que 3% du PIB mondial. A cet égard, l’Europe n’apparaît pas exemplaire puisque, à l’intérieur même du continent, opèrent une douzaine de PFJ dont la Suisse et le Luxembourg, mais aussi les Îles anglo-normandes, Gibraltar, Malte, Chypre, le Liechtenstein, Monaco et Andorre.

Selon les estimations les plus basses, le coût de ce fléau pour les pays du Sud se monte à 50[8] ou 70[9] milliards de dollars ; les plus hautes le chiffrent à 600 milliards de dollars[10] – de quoi financer plusieurs fois les OMD ! La différence s’explique essentiellement par la prise en compte ou non de la fuite des capitaux. Le Brésil, par exemple, a vu s’envoler 4 milliards de dollars en 2001, rien que vers les Bahamas et les îles Caïman[11]. Les pays du Nord ne sont pas en reste : aux Etats-Unis, les autorités fiscales estiment le manque à gagner à plus de 300 milliards de dollars[12].

 

Une boîte noire pour la criminalité transnationale

En combinant des instruments capables d’occulter l’origine des fonds et le refus de coopérer avec la communauté internationale en matière de recherches fiscales et criminelles, les PFJ offrent un espace privilégié d’interface entre le monde des transactions financières légitimes et l’argent d’origine criminelle. Ils constituent donc un encouragement à la corruption transnationale et au développement des réseaux criminels et mafieux : argent de la drogue, de la prostitution, du terrorisme, trafic d’armes, abri des pavillons de complaisance, etc. Il n’est pas étonnant, dès lors, qu’ils aient été utilisés à grande échelle dans la plupart des scandales financiers de ces dernières années. Le groupe Enron, par exemple, longtemps considéré comme le modèle de la réussite et de la sophistication financière au service de ses clients, avait créé une myriade de filiales off-shore (881, dont 692 aux îles Cayman), permettant de masquer sa situation financière véritable, de soustraire au paiement de l’impôt environ 1,5 milliard de dollars de 1996 à 2000 et d’occulter les agissements délictuels de ses dirigeants.

 

Les pays du Sud sont les premières victimes de ce système, qui favorise le pillage de leurs ressources naturelles et la corruption de leurs dirigeants. La grande corruption entrave le développement des pays du Sud et mine aussi les démocraties occidentales, en atteignant parfois le cœur même du pouvoir. En France, « l’affaire Elf » a mis à jour un système d’extorsion en règle du pétrole africain, fût-ce au prix de guerres civiles comme au Congo-Brazzaville, avec la complicité d’une partie des élites africaines et de la classe politique française, rémunérées via des sociétés off-shore ou la Suisse. C’est pourquoi la campagne « Publiez ce que vous payez »[13] veut promouvoir un objectif de transparence qui permettra de dégager des gisements de recettes bienvenus pour financer les OMD. Les trafics d’armes affectionnent aussi particulièrement les circuits occultes, comme l’a rappelé l’affaire Falcone/Pasqua concernant l’Angola. Le coût pour les pays du Sud est considérable : durant la dictature d’Abacha, 55 milliards de dollars auraient ainsi été détournés du Nigeria (dont la dette atteint 31 milliards de dollars) ; on estime la fortune du clan Mobutu à plus de 8 milliards de dollars, celle de Suharto de 4 à 40 milliards de dollars… En Russie, la fuite de capitaux atteignait 22 milliards de dollars par an, en moyenne, entre 1992 et 1997[14].

 

 

III. Vers une régulation fiscale internationale

D’un point de vue purement économique, il ne peut y avoir de fonctionnement harmonieux des échanges internationaux sans concurrence loyale, respect des règles de droit et transparence des transactions. Une régulation des flux financiers internationaux est donc indispensable pour promouvoir une plus grande fiabilité de l’information financière et réduire l’instabilité du système financier dans son ensemble. Cette régulation doit s’opérer dans le cadre d’une conférence mondiale convoquée par l’Organisation des Nations Unies, qui devra en assurer le respect. Une telle régulation devra garantir la traçabilité des mouvements de fonds, mieux encadrer le devoir de vigilance des banques et renforcer les systèmes de contrôle judiciaire et de surveillance bancaire, notamment sur les sociétés de compensation[15].

 

Selon le Rapport Landau, « il existe un consensus international pour lutter contre l’évasion fiscale »[16]. En réalité, les stratégies mises en œuvre jusqu’à présent, notamment par le Groupe d’action financière internationale (GAFI), créé par le G7 en 1989, ou à travers l’OCDE, apparaissent surtout comme une couverture permettant le maintien du système[17].

Face à l’urgence des OMD, il est temps que les pays riches prennent des mesures à la hauteur de l’enjeu. Ils en ont les moyens : les paradis fiscaux et judiciaires ne sont que le miroir de décisions prises, en réalité, depuis les grandes places financières internationales. Toutes les grandes banques y ont des filiales ; la plupart des grandes entreprises y ont recours. Le Royaume-Uni, en particulier, a beau jeu de se poser en parangon de la lutte contre la pauvreté en parlant d’aide et de dette, alors que sa couronne abrite la moitié des paradis fiscaux. La France protège Monaco et Andorre.

 

Les présidences successives du Luxembourg et du Royaume-Uni à la tête de l’Union européenne, en 2005, doivent être l’occasion pour la France de mettre le sujet au cœur des discussions communautaires autour des OMD. Elle doit pousser l’UE et, au-delà, la communauté internationale à se prononcer, en  particulier, pour :

 

Ø      Suspendre toutes relations avec les territoires non coopératifs, c’est-à-dire qui refusent ou appliquent de manière purement virtuelle la coopération judiciaire internationale en s’appuyant sur le secret bancaire[18]. La France doit adopter une loi et promouvoir l’adoption d’une directive européenne interdisant à toute banque européenne de s’y installer, s’y maintenir ou d’y conserver des relations financières. Dans l’immédiat, la France doit montrer l’exemple en ouvrant des négociations avec Andorre et Monaco.

 

Ø      Garantir la traçabilité des revenus et des mouvements de fonds (y compris à travers les trusts, selon le droit anglo-saxon, et les fondations) et renforcer le contrôle des sociétés de compensation. L’anonymat requis pour les transactions financières ne doit pas s’opposer à la communication aux magistrats, aux polices judiciaires, aux douanes et surtout aux administrations fiscales de l’identité des donneurs d’ordres et des bénéficiaires, conformément à la Déclaration de Paris[19]. Les moyens de vérification et l’entraide judiciaire doivent être renforcés.

 

Ø      Interdire la prise en considération, par les autorités boursières des grandes places financières internationales, des comptes consolidés des sociétés qui n’auraient pas fait l’objet d’un contrôle comptable dans l’ensemble des territoires où elles exercent des activités. Dans un premier temps, l’obligation doit être faite aux sociétés cotées de déclarer, dans leurs comptes consolidés, les opérations traitées avec les paradis fiscaux et judiciaires et leur justification. La France pourrait faire adopter cette disposition sans délai.

 

Ø      Faire adopter des programmes d’aide à la reconversion économique des centres off-shore, assortis de sanctions éventuelles. 

 

> Contacts : Gérard Gourguechon  (gerard.gourguechon@solidaires.org) & Serge Le Quéau (lequeau@sudptt.fr) - Attac (www.france.attac.org/r31) et Jean-Pierre Scheer (jeanpierre.scheer@francetelecom.com) – Survie & Plate-forme paradis fiscaux et judiciaires

 



[1] Chiffres issus de François Gobbe, Stop à l’évasion fiscale et à la compétition fiscale, Kairos Europe, novembre 2004, p. 42.

[2] « Seules les petites gens paient des impôts », déclarait sans vergogne une milliardaire, Leona Helmsley, lors de son procès pour fraude fiscale, en 1989.

[3] GRESEA, La Justice fiscale pour le développement social – Etudes de cas : Brésil et Algérie, 2003, pp. 17-18.

[4] Mick Moore, « Death without taxes : aid dependency, democracy and the fourth world », Institute of Development Studies, University of Sussex, février 1997.

[5] Même si dans les paradis fiscaux eux-mêmes, ce n’est aussi qu’une élite financière qui bénéficie du système, qui n’emploie que 5 à 8% des actifs et génère moins de 2% des revenus nationaux - cf. Friedrich Ebert Stiftung, « Money Laundering and Tax Havens: the Hidden Billions for Development », Occasional Paper N°3, mars 2003, p. 11.

[6] François Gobbe, Op. Cit., p. 42 et Friedrich Ebert Stiftung, Op. Cit., p. 8.

[7] François Gobbe, Op. Cit., p. 40.

[8] OXFAM, The Hidden Billions for Development, juin 2000.

[9] Selon Evelyn Herfkens, alors ministre néerlandaise du développement, en 2002 (elle est aujourd’hui responsable de la campagne des Nations Unies pour les OMD).

[10] Richard Murphy, Fiscal Paradise or tax on development?, texte d’une intervention au parlement belge le 14 février 2005.

[11] Friedrich Ebert Stiftung, Op. Cit., p. 8.

[12] Friedrich Ebert Stiftung, Op. Cit., p. 12.

[13] Demande expresse adressée aux sociétés multinationales extrayant les richesses du sous-sol – Voir : http://www.publishwhatyoupay.org/francais/index.shtml

[14] François Gobbe, Op. Cit., pp. 31 et 46-50.

[15] Ernst Backes et Denis Robert, Révélation$, Les Arènes, Paris, 2001.

[16] Jean-Pierre Landau (sous la direction de), Les Nouvelles contributions financières internationales - Rapport au Président de la République, La Documentation française, septembre 2004, p. 95.

[17] Thierry Godefroy et Pierre Lascoumes, Le Capitalisme clandestin – L’illusoire régulation des places off-shore, La Découverte, Paris, 2004.

[18] Défini comme le refus de donner des informations aux autorités compétentes (justice, police judiciaire, douanes et administrations fiscales). Jacques Chirac a lui-même montré du doigt ces territoires en demandant leur taxation, le 26 janvier 2005 en s’adressant aux participants du Forum de Davos.

PARIS (Reuters) - Deux à trois mille personnes, selon les organisateurs, ont participé samedi à Paris à une marche de soutien aux mouvements de protestation engagés depuis quinze jours dans des centres de rétention pour étrangers.

 

Partis dans l'après-midi du musée de l'immigration de la porte Dorée, à Paris, les manifestants ont marché jusqu'aux abords du CRA de Vincennes, l'un des centres concernés avec celui du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne).

"Pour la libération de tous les sans-papiers et la fermeture des centres de rétention", scandaient les marcheurs, soutenus par le Réseau éducation sans frontières (RESF) et le 9ème collectif des sans-papiers.

L'un des leaders du mouvement de protestation, Benjamin Badikadila, a été expulsé samedi à bord d'un avion pour Kinshasa, en République démocratique du Congo, selon RESF.

Après un début de grève de la faim collective et la rédaction d'un cahier de doléances par des étrangers en attente d'expulsion, la préfecture de police de Paris a organisé vendredi une visite du centre de Vincennes.

Des responsables policiers ont affirmé que la situation y était beaucoup plus calme que ne l'affirment les défenseurs des étrangers.

"Il n'y a pas de grève de la faim d'ampleur mais des refus de s'alimenter ponctuels", a ainsi déclaré le commandant Bruno Marey au Parisien.

La Cimade, seule association habilitée à intervenir dans les centres, estime néanmoins que l'atmosphère y est "de plus en plus carcérale" en dépit d'une amélioration des conditions matérielles de la rétention.

Pour son secrétaire général, Laurent Giovannoni, la tension de ces derniers jours est "la conséquence directe de la politique d'objectifs chiffrés" en matière de reconduites à la frontière.

Faouzi Lamdaoui, secrétaire national du PS à l'égalité et à la diversité, a également estimé qu'il s'agissait d'une "conséquence directe de la politique absurde de Nicolas Sarkozy."

Le chef de l'Etat a assigné au ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, l'objectif de 25.000 expulsions pour 2007. Fin novembre, ce dernier avait fait état de 21.000 "éloignements."

Gérard Bon

source : le monde

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